ALLOCUTION DE DR DENIS LAZURE

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ALLOCUTION DE DR DENIS LAZURE

Bonjour, si aujourd’hui, je prête ma voix aux victimes, c’est que ce drame aurait dû être réglé depuis longtemps. Je suis déçu que mes anciens compagnons d’armes péquistes aient oublié leurs revendications faites en 1991 et 1992 en faveur des orphelins de Duplessis au gouvernement. Alors dans l’opposition, nous réclamions des excuses pour les victimes, une enquête publique et des compensations. Seul le Gouvernement, à ce jour, a offert des excuses. Mais ce n’est pas assez, il doit se laisser convaincre d’offir une indemnisation juste et équitable aux innocentes victimes, telle que le propose le Protecteur du citoyen. Ces excuses parlaient « de gestes inadmissibles », pourtant la réalité de leur vie est bien plus choquante, et les mesures annoncées n’étaient assorties d’aucune indemnisation individuelle à tous ceux étiquetés à tort de « débiles mentaux. » En conséquence, ces enfants vécurent dans l’univers de nos hôpitaux psychiatriques, et par le fait même, furent privés de toute éducation et d’une préparation adéquate à la vie. L’offre du gouvernement, telle que proposée, est nettement insuffisante.  Je pars du fait que la population québécoise est généreuse et celle-ci est d’accord pour indemniser les victimes, comme en témoignent les nombreux sondages. Toute personne qui connaît bien l’étendue de ce dossier ne peut conclure autrement.

Le Québec ne s’est pas plaint quand il a dû donner 75 des 300 millions versés par le Canada aux Japonais internés pendant la guerre.

Également dans les autres provinces, des indemnisations furent versées aux enfants autochtones de l’Ontario, de la Saskatchewan et du Manitoba qui furent placés dans des internats protestants durant les années 40, de même que des dédommagements furent versés conjointement par l’Église catholique et le gouvernement ontarien aux orphelins d’Alfred. Plus récemment, dans le cas des Jumelles Dionne, le Gouvernement de l’Ontario reconnaissait sa responsabilité et ses torts envers ces dames et leur versait un dédommagement substantiel pour les avoir privé de leur liberté dans leur jeunesse et mal préparées à la vie. Par ailleurs, les dirigeants de l’Église manquent de courage et de compassion. Monseigneur Turcotte et l’Assemblée des Évêques du Québec se fourvoient littéralement quand ils disent que le dossier est clos.  N’est-ce pas le rôle de l’Église de protéger les plus démunis, les plus défavorisés ? Ça me désespère de constater que l’Église nie encore son implication dans ce dossier. J’en témoigne, il y a aujourd’hui complot du silence comme dans le temps ! À l’époque, les dirigeants de l’Église étaient bien au courant de la situation. Les médecins étaient au courant. Le ministère de la Santé était au courant. Et l’excuse. « d’autre temps d’autres moeurs » ne s’applique pas plus aujourd’hui, qu’hier.  La vérité, c’est que les enfants étaient déclarés « débiles mentaux » afin de devenir des patients psychiatriques et permettre ainsi aux hôpitaux de recevoir les subventions fédérales-provinciales. Oui l’Église doit participer au dédommagement des victimes, conjointement avec l’État. Dans cette tragédie, il ne faut pas oublier les médecins. Le Collège des médecins, par tous les diagnostics sans fondement qui ont été posés par ses membres, doit nécessairement reconnaître ses torts au nom de la profession. Selon mes renseignements, les médecins s’apprêtaient à présenter leurs excuses quand s’est produit un changement de garde à la présidence. Depuis, plus un mot !

La pire insulte que l’on puisse faire aux orphelins de Duplessis, c’est de leur dire, « Vous n’avez pas été préparés à la vie. C’est votre problèmes. Tournez la page. Ça ne nous regarde pas. » Au contraire, ça nous regarde comme société et l’Eglise devrait avoir une compassion qui se traduise, conjointement avec le gouvernement, par une indemnisation pour chacune des victimes. On ne pourra jamais compenser adéquatement les victimes mais une reconnaissance des faits accompagnée d’une somme suffisante pourra leur permettre au moins de vivre avec la dignité qu’on leur a autrefois usurpée.

Merci