Archives de catégorie : Réactions au document de discussion

Historique des développements et conclusion

Hopitaux et institution qui ont manipulée les enfants illégitimes

Les Hôpitaux et Institutions manipulé par la religion et les deux Gouvernements aussi les religieuses et les psychiatres du Québec Quelle Providence pour ses enfants.

Comme je disait toujours ou souvent  il faut faire attention au allégation oui il y avais des bonnes sœurs, dans le lot. Parole de Hervé Bertrand.

C,est comme dans un paniers de pommes les pommes pourrîtes  font pourrir les autres pommes moi et autres orphelins ont parlait aux sœurs et elle nous comptais leur doléance et leur peine moi j’avait une sœur dans la cuisine elle me disait pour la dernière fois tu sait Hervé c,est pas tout gaieté de cœur que je m’en va de la congrégation,  au de la de l’obéissance je n’accepte pas qu’ont prend des enfants comme vous et en faire des débiles aussi les faire travailler comme esclave, tu sait Hervé les sœurs ont pleuré durant trois a quatre jour après l’ultimatum dans la chapelle, la supérieure a demander si sa vous-plait pas prenez la porte et revenez jamais dans nos rang. Encore aujourd’hui je pense a elle sœur E…….. elle ma embrasser et elle ma dit pauvre petit garçon j’espère que tu va en sortir.

Hôpital Saint-François d’Assise [1914- ]
10, rue de l’Espinay
Québec, Qc
G1L 3L5

Hôpital Saint-François d’Assise

La Pouponnière de l’hôpital

HISTORIQUE

L’inauguration officielle de l’Hôpital Saint-François d’Assise a lieu en août 1914. Ce sont les religieuses de la Congrégation hospitalière et enseignante de Saint-François d’Assise qui en sont les fondatrices. Parmi les médecins fondateurs de l’hôpital se retrouvent les docteurs Albert et Achille Paquet, le professeur et chirurgien Albert Marois et les docteurs Émile Fortier et Théophile Robitaille.

En octobre 1914, l’hôpital inaugure l’école des gardes-malades. En 1925, l’école est affiliée à l’Université Laval et, en 1959, elle déménage dans un nouvel édifice qui lui est spécifiquement réservé. Elle cessera ses opérations en 1970 en raison de la restructuration du système scolaire.

Les services de chirurgie, la médecine générale et la maternité sont rapidement mis en activité pour répondre à l’affluence des patients, et, dès décembre 1914, le service d’hydrothérapie de l’hôpital est fonctionnel. À la déclaration de la guerre en Europe, l’hôpital consacre 35 lits aux membres des Forces armées canadiennes. Après la guerre, l’hôpital ne compte encore que 60 lits, le service de maternité est toujours sa priorité, mais un secteur général s’est ajouté. À la fin des années 1930, l’hôpital s’agrandit une première fois pour atteindre les 150 lits. En 1947, une autre aile vient s’ajouter à l’hôpital et porte le nombre de lits à 360. L’année 1953 voit l’hôpital s’affilier à l’Université Laval. En 1971, un nouvel agrandissement augmente le nombre de lits de 150. Puis, en 1974, par l’intégration de Domrémy-Québec, le nombre de lits passe à 602.

Depuis 1974, l’hôpital est devenu une corporation publique exerçant la mission d’un centre hospitalier universitaire. L’Hôpital Saint-François d’Assise est, désormais, un hôpital général de soins de courte durée ultra spécialisé en obstétrique, néonatalogie, pédiatrie et toxicomanie.

CONTENU

Ce fonds comprend les documents historiques et administratifs de l’œuvre. En plus des documents manuscrits, les archives renferment des bandes sonores, et des photographies relatives à la vie hospitalière. La majeure partie de ce fonds, encore non-traité, contient des documents qui concernent les années 1970, 1980 et 1990.

Parmi toutes ces archives, on retrouve de la correspondance du Bureau médical, des informations historiques, des dossiers administratifs, des procès-verbaux des différents conseils et de tout ce qui concerne le corps médical et ses activités, des cahiers techniques et différents organigrammes, les dossiers des membres du conseil administratif ainsi que divers documents sur les activités du conseil, des registres de la salle d’opération, des mentions d’honneur, des coupures de journaux, des rapports annuels, des états financiers et des renseignements sur l’école des infirmières. On y retrouve également des dossiers d’infirmières, des conventions collectives, des mosaïques des gradué(e)s de l’école des infirmières et des conseils médicaux, des revues de presse et des livres de cours. De plus, il y a une grande quantité (env. 400 cm) de dossiers de médecins et de nombreuses photographies de l’édifice, de ses départements et de ses activités diverses. Le fonds comprend aussi quelques objets muséologiques, principalement des instruments chirurgicaux et de différents services médicaux, tel l’ophtalmologie.

PORTÉE

Ce fonds est particulièrement riche en documents de toutes sortes, mais de nombreuses restrictions à la consultation s’appliquent. Les informations sur l’école des infirmières sont très riches et permettent de bien saisir l’importance et l’achalandage de cette école. De plus, les différents événements marquant de l’établissement sont très bien documentés tant textuellement qu’iconographiquement. Les différents procès-verbaux et les rapports annuels fournissent pour leur part nombre d’informations sur le fonctionnement et les préoccupations de l’hôpital.

LIEU DE CONSERVATION DES DOCUMENTS

Hôpital Saint-François d’Assise
10, rue de l’Espinay
Québec, Qc
G1L 3L5

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

Archives de l’Université Laval, fonds U519 ; une photographie.

Aux Archives nationales du Québec, dans le fonds du ministère de la santé et des services sociaux, dans la série hôpitaux, on retrouve de la correspondance entre le ministère et cet hôpital qui couvre la période suivante : 19 août 1921 au 22 septembre 1947.

La sous-série Conseil et comités du fonds de la ville de Québec, conservée aux Archives de la ville de Québec, contient des documents d’archives qui concernent l’Hôpital Saint-François d’Assise. Un répertoire numérique est mis à la disposition du chercheur pour l’aider dans ses recherches, soit le Répertoire numérique détaillé de la sous-série Conseil et comités du fonds de la Ville de Québec.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

CAUCHON, Roland. L’hôpital St-François d’Assise : Souvenirs personnels et petite histoire (1914-1954). Québec, 1980. 172 p.

Conférence catholique canadienne. Département d’action sociale. Les hôpitaux dans la province de Québec : Listes complètes, statistiques, associations, assurance-hospitalisation, documents divers. Ottawa, Conférence catholique canadienne, 1961. 103 p. Coll.

Pavillon La Jemmerais [1928-1994]

D’abord, école pour enfants « arriérés »,
puis, une annexe du Centre hospitalier Robert-Giffard

Pavillon La Jemmerais [1928-1994]
2 601, chemin de la Canardière
Beauport, Qc
G1J 2G3

TYPE, DATES EXTRÊMES ET ESPACE OCCUPÉ PAR LES DOCUMENTS

1- Sœurs de la Charité de Québec

Documents textuels et iconographiques : 1928-1994 ; 0,48 m et plus

2- Archives nationales du Québec

Documents textuels : 1937-1944

HISTORIQUE

Le Pavillon La Jemmerais ouvre ses portes le 1er octobre 1928 sous le nom d’École La Jemmerais, avec une capacité de 650 lits. Il est sous la direction du docteur Jean-Charles Miller. C’est une école devant assurer l’assistance et l’éducation des enfants « anormaux » ou « arriérés mentaux ». Au plan de l’administration médicale, l’œuvre relève du Dr Saluste Roy, surintendant à cette époque de l’Hôpital Saint-Michel-Archange. Ainsi, jusqu’en 1939, cet établissement médico-pédagogique revêt, selon ce qu’écrit la secrétaire de l’époque, l’aspect d’une maison d’éducation ordinaire. En 1939, l’incendie de l’Hôpital Saint-Michel-Archange fait en sorte que l’œuvre particulière de la maison se termine, l’établissement doit servir à abriter les malades de l’hôpital. Le Pavillon La Jemmerais poursuit, dès lors, une œuvre similaire à celle de l’hôpital et suit la même évolution que ce dernier auquel il est annexé. En 1976, il change de nom et devient le Pavillon Arthur-Vallée, en rappel du rôle humanitaire joué par le 1er surintendant de l’Hôpital Saint-Michel-Archange.

CONTENU

1- Sœurs de la Charité de Québec

Ce fonds contient les annales manuscrites et des copies depuis les débuts de l’œuvre jusqu’à 1972, des inventaires, des états financiers, des brochures diverses, les nominations des religieuses, les procès-verbaux du conseil local et des visites officielles, les mémoires du Dr Saluste Roy, des informations sur le personnel de l’école en 1938, le livre d’or, trois cahiers de comptes, un registre du personnel laïque de 1928 à 1963 et de la correspondance.

2- Archives nationales du Québec

Le fonds du ministère de la Santé et des Services sociaux contient, dans la série hôpitaux, de la correspondance échangée entre le ministère et cet établissement de santé entre le 5 novembre 1937 et le 5 janvier 1944. La série service médical aux aliénés renferme, pour sa part, de nombreux documents sur cet établissement et plusieurs autres institutions psychiatriques : des dossiers d’admissions, des registres, de la correspondance, etc. Il est à noter que de nombreuses restrictions à la consultation s’appliquent pour la majorité des documents conservés à l’intérieur de ce fonds.

PORTÉE    

Ce fonds est d’un intérêt certain puisqu’il relate le fonctionnement d’une école ayant une vocation assez particulière à l’époque, soit l’éducation des enfants déficients intellectuellement. Les informations concernant les années suivant la fermeture de l’école, 1939, sont similaires à celles que l’on retrouve sur le Centre hospitalier Robert-Giffard pour les années correspondantes.

Hôpital de la Miséricorde [1874-1972]

Hôpital public, maternités

Hôpital de la Miséricorde [1874-1972]
1212 ou 1220, chemin Ste-Foy
Québec, Qc

TYPE, DATES EXTRÊMES ET ESPACE OCCUPÉ PAR LES DOCUMENTS

Sœurs du Bon-Pasteur

Documents textuels : 1800-1985 ; 1,675 m

Documents iconographiques : 1874-1971 ; 119 pièces

HISTORIQUE

En 1852, l’Hospice Saint-Joseph de la Maternité fut fondé dans une maison louée par l’abbé Joseph Auclair à monsieur Pierre Boivin. La direction de l’établissement fut confiée à Marie Métivier. L’incorporation légale de cette œuvre eut lieu le 19 mai 1855 et le 23 mai de la même année, l’œuvre déménage sur la rue Couillard.

Au cours des années 1870-1874, le projet d’ouvrir une autre maternité fut étudié. Puis, en 1874, les Sœurs du Bon-Pasteur s’installent dans la maison du docteur Wells, achetée par les prêtres du Séminaire, et s’occupent des mères célibataires de la salle commune. En 1876, mademoiselle Métivier cède aux Sœurs du Bon-Pasteur l’Hospice Saint-Joseph de la Maternité qui fusionne avec la Maison de la Miséricorde, et prend le nom d’Hospice de la Miséricorde. En 1929, l’hospice déménage de nouveau sur le chemin Ste-Foy et prend le nom d’Hôpital de la Miséricorde et est annexé avec la Crèche Saint-Vincent de Paul. Cet hôpital sera en fonction jusqu’en 1972.

Depuis sa fondation jusqu’à sa fermeture, il fut une maternité prodiguant des soins aux femmes célibataires, aux filles-mères et aux enfants illégitimes. Les soins médicaux étaient assurés par les professeurs de l’Université Laval et son statut d’hôpital universitaire faisait en sorte que des cours d’obstétrique y étaient offerts. En 1955, Sœur Marie-Laetitia inaugure le premier service social pour la mère célibataire à l’hôpital. Le but de ce service est l’hébergement, la rééducation, l’épanouissement et la réintégration sociale des mères célibataires. En 1961, l’hôpital compte 42 lits et 7 berceaux. De 1874 à 1972, l’hôpital compte 46 122 admissions et 36 788 accouchements.

CONTENU   

Ce fonds comprend cinq séries.

Hospice de la Miséricorde, 1874-1929 : 1874-1933 ; 0,325 m

À l’intérieur de cette série, nous retrouvons des documents relatifs aux abjurations, aux admissions, aux enfants placés à l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur et à une loi (1898). Cette série renferme également les annales, des comptes, des actes au sujet des pensionnaires, de la correspondance et des registres médicaux.

Hôpital de la Miséricorde, 1929-1972 : 1852-1985 ; 0,925 m

Cette vaste série comprend de nombreuses informations. On y retrouve des documents sur l’établissement, le personnel laïc, religieux, médical et d’entretien, les bénéficiaires, les divers comités et conseils, tel le Comité de la mortalité périnatale, le Comité de pharmacologie, le Conseil des médecins et le Conseil local. Il y a également de la documentation relative à l’histoire de l’établissement, aux services offerts, à sa corporation, à sa fermeture, à ses relations avec l’Université Laval, entre autres, et des statistiques diverses. Ces différentes informations sont comprises à l’intérieur de la correspondance, des procès-verbaux, des archives médicales, des coupures de presses, des mémoires, des listes, des lettres patentes, des registres et des rapports annuels.

Procure générale : 1926-1973 ; 0,025 m

Cette série comprend de la correspondance et des listes du personnel en relation avec les accréditations ; la correspondance de Sœur Marie-Jeanne Desgagné au sujet de l’assurance-hospitalisation, des salaires des religieuses avant 1961, et autres ; des procès-verbaux et des plans traitant du projet de construction ; enfin, des annales, de la correspondance et un contrat relatif aux accords convenus avec le Séminaire de Québec.

La Clairière : 1952-1992 ; 0,40 m

Cette série contient de la correspondance, des bulletins d’informations, des circulaires des rapports divers, des procès-verbaux, des règlements, des états financiers, des coupures de presse et des rapports annuels en relation avec le premier service social pour la mère célibataire inauguré à l’hôpital par sœur Marie-Laetitia en 1952, c’est-à-dire son fonctionnement, son incidence et ses préoccupations.

Photographies : 1874-1971 ; 119 pièces

Ces photographies représentent le personnel religieux et médical de l’établissement de même que les différents bâtiments qui ont abrité l’œuvre.

Les dossiers de bénéficiaires datant de 1961 à 1972 sont au M.S.S.S. (1075, chemin Ste-Foy, Québec, G1S 2M1), ceux d’avant ont brûlé, et certains dossiers des personnes adoptés sont au Centre jeunesse de Québec.

PORTÉE

Ce fonds permet de bien saisir le fonctionnement d’un établissement de santé voué aux mères célibataires à une époque où ces femmes étaient jugées sévèrement par la population et la religion. Il est fort intéressant puisque les documents qu’il contient suivent adéquatement l’évolution de l’Hôpital de la Miséricorde depuis ses premières années d’existence. Les nombreux procès-verbaux nous divulguent des décisions des différents comités et conseils sur l’orientation médicale et sociale de l’œuvre. L’abondante correspondance, quant à elle, témoigne des préoccupations et de l’implication des principaux intervenants et dirigeants de l’hôpital au sujet des réalités de leur époque respective. Cela se rapporte, entre autres, à la construction et à la réparation des édifices qui ont abrité l’œuvre, à des demandes aux conseils provincial et général, à l’Association des Hôpitaux de la province de Québec, etc.

LIEU DE CONSERVATION DES DOCUMENTS

Maison généralice des Sœurs du Bon-Pasteur
2 550, rue Marie-Fitzback
Ste-Foy, Qc
G1V 2J2

PERSONNE RESSOURCE

Céline Lacoursière, s.c.i.m., archiviste: 418 656-0650

CONDITIONS D’ACCÈS ET RESTRICTIONS À LA CONSULTATION

Sur rendez-vous.

Un instrument de recherche est à la disposition des chercheurs pour faciliter la consultation des divers documents.

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

Aux Archives nationales du Québec, dans le fonds du ministère de la santé et des services sociaux, dans la série Hôpitaux, il y a des documents d’archives qui concernent cet hôpital pour les années 1966 à 1969.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Archives de la communauté des Sœurs du Bon-Pasteur.

BERNIER, Jacques. La médecine au Québec : Naissance et évolution d’une profession. Québec, Presses de l’Université Laval, 1989, p. 106-107.

BOISSONNAULT, Charles-Marie. Histoire de la Faculté de médecine de Laval. Québec, Presses de l’Université Laval, 1953. 438 p.

CHABOT, Denis. Liste des établissements fermés ou changés de vocation, janvier 2000. Québec, ministère de la Santé et des Services sociaux, Service des ressources documentaires, 50 p.

Conférence catholique canadienne. Département d’action sociale. Les hôpitaux dans la province de Québec : Listes complètes, statistiques, associations, assurance-hospitalisation, documents divers. Ottawa, Conférence catholique canadienne, 1961. 103 p. Coll. «  Documentation sociale. Série Hôpitaux ; no 1 ».

GAGNON, France. Transitions et reflets de société dans la prise en charge de la maternité hors-norme : L’exemple de l’Hospice Saint-Joseph de la Maternité de Québec, 1852-1876. Mémoire de maîtrise, Sainte-Foy, Université Laval, 1994. 110 p.

FORTIER, de la Broquerie. « Les « enfants trouvés » en collectivité à Québec, 1850-1950 ». Laval médical, vol. 36, no 4 (avril 1965), p. 351-359.

Instrument de recherche du fonds de l’Hôpital de la Miséricorde.

Sœur Marie-Laetitia, Histoire de l’hôpital de la Miséricorde. Thèse (de diplôme), Ste-Foy, Université Laval, 1948. 37 f.

Hôpital de la Miséricorde, 1950, Paul Carpentier
Centre d’archives de Québec, Fonds Ministère de la Culture et des Communications,
Série Office du film du Québec, E6,S7,P76306-50

Hôpital du même nom a Montréal Hôpital de la Miséricorde

  • Adresse: 3430 Rue Jeanne-Mance, Montréal QC H2X 2J9
  • Téléphone: 514-842-1147

 

Centre hospitalier Robert-Giffard [1845- ]

Hôpital psychiatrique

Centre hospitalier Robert-Giffard
[1845- ]
2 601, chemin de la Canardière
Beauport, Qc
G1J 2G3

TYPE, DATES EXTRÊMES ET ESPACE OCCUPÉ PAR LES DOCUMENTS

1- Galerie historique Lucienne-Maheux

2- Sœurs de la Charité de Québec

Documents textuels et iconographiques : 1865-1999 ; plus de 5,52 m

3- Archives nationales du Québec

Documents textuels : 1845-1996

HISTORIQUE

Cet hôpital psychiatrique fut fondé en 1845 par les docteurs James Douglas, Joseph Morrin et Charles-Jacques Frémont. Ces trois médecins en étaient les propriétaires, bien que les fonds nécessaires à son fonctionnement venaient essentiellement du gouvernement. À l’époque, il se nommait l’Asile provisoire de Beauport, et était installé dans le manoir du premier médecin de la colonie, le Seigneur Robert Giffard. Il s’agissait du premier hôpital destiné uniquement aux malades mentaux dans la province. En 1850, l’asile se nomme désormais Quebec Lunatic Asylum, mais la plupart des gens continuent à le nommer Asile de Beauport. Puis, en 1865, son nom change de nouveau et devient l’Asile des aliénés de Québec. Un an plus tôt, l’asile a été agrandi et peut, depuis lors, recevoir 900 patients. En 1893, les Sœurs de la Charité de Québec en prennent possession et le mettent sous la protection de l’archange Saint-Michel. Ainsi, en 1912, il devient l’Asile Saint-Michel-Archange puis, en 1914, ou 1923 selon certaines sources, l’Hôpital Saint-Michel-Archange. En 1904-1905 et en 1910-1912, on effectue des travaux d’agrandissement. En 1915, une école des infirmières est établie par sœur Saint-Calixte. En 1924, l’hôpital est affilié à l’Université Laval.

Quelques constructions voient le jour aux cours des années 1920 et au début des années 1930, soit la Clinique Roy-Rousseau (1926), l’École La Jemmerais (1928) et le Pavillon Dufrost (1931). Chacune de ces constructions a une fonction particulière et dessert une clientèle spécifique. En 1939, la quasi-totalité de l’Hôpital Saint-Michel-Archange est la proie d’un incendie, il ne subsistera que l’aile des hommes qui deviendra le pavillon Saint-Calixte. L’École La Jemmerais cesse alors son œuvre pour héberger les patients de l’hôpital incendié et en devient une annexe. L’hôpital sera reconstruit aux côtés de la Clinique Roy-Rousseau. L’établissement devient le Centre hospitalier Robert-Giffard en 1976.

CONTENU

1- Galerie historique Lucienne-Maheux

Photographies : 1845-1988 :

La galerie conserve de nombreuses photographies qui représentent l’édifice et ses salles, les membres du personnel, les patients, les soins et les traitements de même que les événements spéciaux qui ont marqué l’établissement. Ces nombreuses photographies seront traitées au cours de l’été 2001, ainsi il sera plus aisé d’en connaître le contenu exact et les restrictions qui s’y rattachent compte tenu de la confidentialité de certaines photographies.

Centre hospitalier Robert-Giffard : 1813-1985 ; env. 1,10 m, 32 registres et plus

Les différents documents d’archives regroupent des rapports annuels de 1872 à 1928, le contrat d’apprentissage de James Douglas, des diplômes et promotions d’infirmières de 1922 à 1971, des registres d’admissions, de décès, de décharges, de chirurgie et de salaire, des index, des procès-verbaux de réunions, des factures d’équipement médical, des manuscrits, des aperçus historiques, des articles médicaux et autres, des notes de cours et des textes relatifs à l’hôpital. Il est également possible d’avoir de l’information, produite ou reçue au centre, concernant les principaux médecins qui sont intervenus dans l’établissement.

Plans : 1865-2001

Les plans n’ont pas encore été traités, aussi nous ne savons pas quel est leur nombre exact. Toutefois, nous savons qu’ils concernent les différentes physionomies de l’établissement tout au long de plus de 150 ans d’existence.

Objets muséologiques : certains sont datés

L’exposition permanente de la Galerie historique Lucienne-Maheux présente de nombreux objets ayant été utilisés dans l’établissement. Il y a des tableaux, des photographies, des reconstitutions des salles d’opérations, de repos et autres. Il y a également des mosaïques des différentes promotions d’infirmières (1945-1970).

Enregistrements sonores et filmiques : certains sont datés

Ces enregistrements concernent divers événements entourant l’établissement, notamment l’incendie de 1939 qui a ravagé une large partie de l’hôpital et des scènes de la vie quotidienne.

L’archiviste de la galerie historique précise que certaines archives se retrouvent dans diverses sections du Centre hospitalier Robert-Giffard ou ailleurs et n’ont pu, jusqu’à maintenant, être rassemblées à la Galerie historique Lucienne-Maheux.

2- Sœurs de la Charité de Québec

Le fonds conservé à la communauté des Sœurs de la Charité de Québec renferme plusieurs documents qui concernent l’historique de l’établissement depuis 1865 et de ces divers pavillons. On y retrouve les annales, les états financiers, les rapports annuels, des renseignements sur des événements et des projets particuliers, des plans d’organisation, des informations sur le personnel, des contrats, des procès-verbaux, de la correspondance, des documents divers sur l’école des infirmières, les emprunts, les obligations et les comptes, des cahiers de prônes, des revues et des journaux internes, des registres, des rapports financiers, des documents sur les divers comités, etc.

3- Archives nationales du Québec

Le fonds du ministère de la Santé et des Services sociaux contient, dans la série hôpitaux, de la correspondance échangée entre le ministère et cet établissement de santé couvrant la période suivante : 15 octobre 1926 au 20 décembre 1949. Il y a également l’album-souvenir de 1949 et le rapport annuel de l’année 1958. La série service médical aux aliénés renferme, pour sa part, de nombreux documents sur cet établissement et plusieurs autres institutions psychiatriques de la province : des dossiers d’admissions, des registres, de la correspondance, etc. Il est à noter que de nombreuses restrictions à la consultation s’appliquent pour la majorité des documents conservés à l’intérieur de cette série. D’autres séries de ce fonds contiennent des pièces relatives à cet hôpital. Enfin, dans le fonds Secrétariat de la province (E4), on retrouve, en particulier, des dossiers d’admission (1845-1866), de la correspondance (1845-1879, 1892-1895), des livres de comptes (1845-1879), des rapports hebdomadaires (1847-1866) et des rapports mensuels (1850-1854).

PORTÉE

Les divers documents conservés à la galerie historique et à la communauté des Sœurs de la Charité de Québec apportent des précisions sur la naissance et les progrès de la psychiatrie au Québec, la vie quotidienne des malades, des religieuses, des médecins et du personnel, l’évolution des soins et des traitements psychiatriques, les événements spéciaux tenus à l’hôpital, les activités d’enseignement et de recherche, etc. Ils apportent également des précisions sur l’implication des religieuses dans l’hôpital. Aussi, ces fonds d’archives sont fort pertinents pour comprendre l’évolution de la psychiatrie et d’un établissement qui a voué son existence à cette spécialité médicale. Il est également possible d’avoir quelques renseignements sur des patients illustres tel Louis Riel et Émile Nelligan. Le Centre hospitalier Robert-Giffard dispose également d’une collection de livres rares et anciens portant sur la médecine et la psychiatrie.

LIEU DE CONSERVATION DES DOCUMENTS

  1. Galerie historique Lucienne-Maheux
    Centre hospitalier Robert-Giffard
    2 601, chemin de la Canardière
    Beauport, Qc
    G1J 2G3
  2. Maison généralice des Sœurs de la Charité de Québec
    2655, rue Le Pelletier
    Beauport, Qc
    G1C 3X7
  3. Archives nationales du Québec
    1210, avenue du Séminaire
    Cité Universitaire, C.P. 10450
    Sainte-Foy, Qc
    G1V 4N1

PERSONNE RESSOURCE

  1. France St-Hilaire, archiviste: 418 663-5000, poste 6261
  2. Gemma Gastonguay, s.c.q., archiviste: 418 628-8860
  3. Rénald Lessard, archiviste: 418 644-4783

CONDITIONS D’ACCÈS ET RESTRICTIONS À LA CONSULTATION

Sur rendez-vous à la communauté des Sœurs de la Charité de Québec et à la Galerie historique Lucienne-Maheux, et aux heures d’ouverture aux Archives nationales du Québec.

La galerie historique et la communauté des Sœurs de la Charité de Québec ne disposent pas, pour le moment, d’instruments de recherche. Cependant, le chercheur peut recourir aux services de l’archiviste. Aux Archives nationales du Québec, le chercheur peut recourir à un instrument de recherche mis à sa disposition, il s’agit du Répertoire numérique du fonds Ministère de la santé et des services sociaux (E8) rédigé par Rachelle Blackburn. Il peut aussi consulter le Répertoire numérique du fonds du Secrétariat de la Province (E4), rédigé par Monique Laurent.

Certaines archives sont sujettes à des restrictions de consultation compte tenu de leur caractère privé et confidentiel.

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

La sous-série Conseil et comités du fonds de la ville de Québec, conservée aux Archives de la ville de Québec, contient des documents d’archives qui concernent l’Hôpital Saint-Michel-Archange. Un répertoire numérique est mis à la disposition du chercheur pour l’aider dans ses recherches, soit le Répertoire numérique détaillé de la sous-série Conseil et comités du fonds de la Ville de Québec.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

Archives d

u Centre hospitalier Robert-Giffard.

BERNIER, Jacques. La médecine au Québec : Naissance et évolution d’une profession. Québec, Presses de l’Université Laval, 1989. xi-207 p.

BOISSONNAULT, Charles-Marie. Histoire de la Faculté de médecine de Laval. Québec, Presses de l’Université Laval, 1953. 438 p.

BOUCHARD, Daniel. L’état et l’administration des institutions asilaires au Québec 1845-1895. 1985. vi-216 f.

GOSSELIN, Camille. Histoire de la médecine 1. Le développement du réseau hospitalier de la région de Québec : L’année, les raisons de fondation et l’évolution des hôpitaux de la région de Québec. Sainte-Foy, Université Laval, 1994. 123 p.

HARVEY, Fernand et, Rodrigue SAMUEL. Matériel pour une sociologie des maladies mentales au Québec. Québec, Institut supérieur des sciences humaines, Université Laval, 1974. xiii-143 p. Coll. « Cahiers de l’ISSH. Collection Instruments de travail ; no 15 ».

KEATING, Peter. La science du mal : L’institution de la psychiatrie au Québec, 1800-1914. Montréal, Boréal, 1993. 208 p.
LAMBERT, Jules. Milles fenêtres. Beauport, Centre hospitalier Robert-Giffard, 1995. 209 p.

MARTIN, Charles-Alfred. Le premier demi-siècle de la psychiatrie à Québec : De l’asile provisoire de Beauport à l’Hôpital St-Michel-Archange. Beauport, Audio-visuel et information, Centre hospitalier Robert-Giffard, 1983. 24 p.

ROY, Francine, Yvonne WARD, s.c.q., et Nive VOISINE. Histoire des Sœurs de la Charité de Québec, tome II : Des maisons de charité. Beauport, Publications MNH, 1998. 305 p.

WALLOT, Hubert. La danse autour du fou: Survol de l’histoire organisationnelle de la prise en charge de la folie au Québec depuis les origines jusqu’à nos jours. Beauport, Publications MNH, 1998. 2 volumes.

Asile de Beauport, s.d., Philippe Gingras
Centre d’archives de Québec, Fonds Philippe Gingras, P585,D9,P12
Hôpital Saint-Michel-Archange, 1950, Paul Carpentier
Centre d’archives de Québec,  Fonds Ministère de la Culture et des Communications.

Hôpital St-Michel Archange

Clinique Roy-Rousseau [1926- ]

Clinique Roy-Rousseau [1926- ]
2 601, chemin de la Canardière
Beauport, Qc
G1J 2G3

TYPE, DATES EXTRÊMES ET ESPACE OCCUPÉ PAR LES DOCUMENTS

1- Sœurs de la Charité de Québec

2- Archives nationales du Québec

Documents textuels : 1927-1962 ;

HISTORIQUE

La Clinique Roy-Rousseau ouvre officiellement ses portes le 1er juillet 1926. Le but premier de sa construction était de remédier au surpeuplement de l’Hôpital Saint-Michel-Archange, mais la clinique se spécialisera, plutôt, dans le dépistage et le traitement des maladies mentales et des affections neurologiques. Sa dénomination est un honneur rendu à Mgr Camille Roy, recteur de l’Université Laval, et au Dr Arthur Rousseau, doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval, puisqu’ils en ont promu la réalisation.

C’est en janvier 1927 que la clinique reçoit ses premiers patients. Elle a une capacité de 200 lits. La clinique est affiliée à l’Université Laval, aussi elle comprend un centre d’hébergement pour les étudiants en médecine et les infirmières. En juillet 1927, l’école des gardes-malades, fondée à l’Hôpital Saint-Michel-Archange en 1915, y a été transférée. Puis, en 1964, la Clinique Roy-Rousseau est incorporée suivant la législation des hôpitaux avec un conseil d’administration formé de laïcs et de religieuses. En 1996, la clinique fusionne avec le Centre hospitalier Robert-Giffard.

CONTENU

1- Sœurs de la Charité de Québec

Ce fonds renferme les annales de la clinique tenues par les religieuses, des informations sur les comités et conseils, des renseignements sur l’histoire de l’établissement, des photographies, des plans, des rapports annuels, des procès-verbaux, des statistiques financières, des états financiers, divers règlements, des documents en relation avec la corporation, des lettres patentes, des rapports financiers et des documents divers relatifs à la clinique.

2- Archives nationales du Québec

Le fonds du ministère de la Santé et des Services sociaux contient, dans la série hôpitaux, de la correspondance échangée entre le ministère et cet établissement de santé couvrant la période suivante : 18 juillet 1927 au 13 juin 1944. Il y a également des rapports annuels concernant les années 1959 et 1962. La série service médical aux aliénés renferme, pour sa part, de nombreux documents sur cet établissement et plusieurs autres institutions psychiatriques : des dossiers d’admissions, des registres, de la correspondance, etc. Il est à noter que de nombreuses restrictions à la consultation s’appliquent pour la majorité des documents conservés à l’intérieur de ce fonds.

PORTÉE

Ces documents d’archives permettent d’entrer en contact avec la Clinique Roy-Rousseau et son mode de fonctionnement. Les annales et les nombreux procès-verbaux de différents comités sont fort pertinents pour saisir la nature et le rôle de la clinique indépendamment et en collaboration avec l’Hôpital Saint-Michel-Archange, puis le Centre hospitalier Robert-Giffard. Les statistiques financières et les états financiers s’avèrent être des outils fort utiles pour bien comprendre l’administration de cette clinique.

LIEU DE CONSERVATION DES DOCUMENTS

  1. Maison généralice des Sœurs de la Charité de Québec
    2 655, rue Le Pelletier
    Beauport,
    Qc G1C 3X7
  2. Archives nationales du Québec
    1210, avenue du Séminaire
    Cité Universitaire, C.P. 10450
    Sainte-Foy, Qc
    G1V 4N1

PERSONNE RESSOURCE

  1. Gemma Gastonguay, s.c.q., archiviste418 628-8860
  2. Rénald Lessard, archiviste418 644-4783

CONDITIONS D’ACCÈS ET RESTRICTIONS À LA CONSULTATION

Sur rendez-vous à la communauté des Sœurs de la Charité de Québec et aux heures d’ouverture aux Archives nationales du Québec.

La communauté des Sœurs de la Charité de Québec ne dispose pas, pour le moment, d’instruments de recherche pour ce fonds. Cependant, le chercheur peut recourir aux services de l’archiviste. Aux Archives nationales, un instrument de recherche est disponible, il s’agit du Répertoire numérique du fonds du Ministère de la santé et des services sociaux (E8), rédigé par Rachelle Blackburn.

Certaines archives sont sujettes à des restrictions de consultation compte tenu de leur caractère privé et confidentiel.

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

Certains documents concernant la Clinique Roy-Rousseau se retrouvent à la Galerie historique Lucienne-Maheux du Centre hospitalier Robert-Giffard, confondus avec les archives de l’hôpital psychiatrique. Le chercheur peut recourir aux services de l’archiviste.

Après plusieurs années de valse-hésitation, le pavillon Roy-Rousseau sera démoli d’ici la fin de l’été 2014, confirme l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ).

Le vieux bâtiment de cinq étages qui totalise près de 8000 mètres carrés et a longtemps abrité la clinique Roy-Rousseau, est désaffecté depuis juillet dernier.

Ses derniers occupants ont été le CSSS de la Vieille-Capitale et le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de Québec pour de l’hébergement transitoire.

«Cela fait au moins trois ans que l’Institut n’a plus d’activités au pavillon Roy-Rousseau. L’Agence de santé de Québec le ministère de la Santé ont déclaré le bâtiment excédentaire pour les besoins de l’Institut et ceux de la région», précise le porte-parole de l’IUSMQ, François Giroux.

Crèche Saint-Vincent de Paul [1901-1972]

Hôpital spécialisé, soins pédiatriques

Crèche Saint-Vincent de Paul [1901-1972]
1160, chemin Ste-Foy
Québec, Qc

TYPE, DATES EXTRÊMES ET ESPACE OCCUPÉ PAR LES DOCUMENTS

1- Sœurs du Bon-Pasteur

Documents textuels : 1855-1993 ; 1,655 m

Documents iconographiques : 1901-1972 ; 4273 pièces

2- Archives nationales du Québec

Documents textuels : 1921-1973

HISTORIQUE

En 1901, les Sœurs du Bon-Pasteur fondent une crèche sur la rue St-Amable, l’Hospice de Bethléem, destinée aux enfants illégitimes dont ceux qui sont nés à l’Hospice de la Miséricorde. L’année suivante, l’œuvre des religieuses déménage à la même adresse que l’Hôpital de la Miséricorde. Puis, en 1908, elle se fixe définitivement sur le chemin Ste-Foy dans la propriété qu’un insigne bienfaiteur, M. L.A. Robitaille, a acquis de la succession Hethrington et a cédé à la communauté du Bon-Pasteur. Le 6 juillet 1908, 6 religieuses, 26 bonnes et 125 bébés déménagent de la rue Ferland au chemin Ste-Foy. C’est le 8 août de la même année que son nom devient Hospice Saint-Vincent de Paul, et, en 1915, le nom change de nouveau pour devenir, jusqu’en 1972, la Crèche Saint-Vincent de Paul.

À compter de l’année 1905, le Dr René Fortier y exerce son art acquis outre-mer, principalement en pédiatrie. À son décès, en 1929, le Dr Albert Jobin assure sa succession. La crèche progresse et se développe au fil des ans grâce à des dons, fruits des campagnes publicitaires, et aux subventions du gouvernement provincial. En 1924, un cours régulier post-universitaire en puériculture est inauguré, c’est un cours pour les futurs hygiénistes de la province. Vingt-quatre ans plus tard, en 1948, l’École de Puériculture est inaugurée grâce au docteur Donat Lapointe, qui occupe la direction médicale depuis 1937.

Au début des années 1930, les religieuses de la crèche cherchent à intensifier les adoptions des enfants. C’est ainsi que l’abbé Victorin Germain est appelé à s’occuper de cette œuvre particulière et devient le directeur du Service des Adoptions. Dès lors, diverses publicités encourageant l’adoption voient le jour et portent fruit, puis, en 1943, l’œuvre de Mgr Germain est désignée sous le nom légal de La Sauvegarde de l’Enfance. L’œuvre déménagera en mars 1949 au 43 de la rue d’Auteuil.

La crèche a joué un rôle de premier plan en ce qui concerne l’enseignement de la médecine infantile et de la pédiatrie. Son œuvre prendra fin en décembre 1972.

CONTENU

1- Sœurs du Bon-Pasteur

Couvent : 1855-1991 ; 0,175 m

Cette série rend compte des activités de la communauté des Sœurs du Bon-Pasteur.

Œuvre de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul : 1896-1991 ; 0,955m

Cette série donne accès à tout ce qui concerne la crèche : les bénéficiaires, l’administration, les associations, les bienfaiteurs, le Bureau médical, etc. Ce sont divers documents qui permettent d’élucider le fonctionnement de cet établissement et de mieux saisir l’importance du secours aux enfants dits illégitimes.

Procure générale : 1931-1977 ; 0,05 m

Cette série fournit des informations sur les assemblées du Conseil local de même que sur les conseils provincial et général. Elle contient également des documents qui concernent les employés, le personnel laïc et religieux, et les terrains. On retrouve aussi des statistiques sur l’établissement.

Mgr Victorin Germain : 1920-1972 ; 0,25 m

Cette série renferme des documents sur l’œuvre de Mgr Germain quant à l’adoption des enfants de la crèche. Elle comprend divers écrits publicitaires, des cahiers de chants, des volumes, des chroniques de la crèche et des coupures de journaux. Aussi, cette série contient des textes variés sur l’œuvre de Mgr Germain, sur l’Association catholique des hôpitaux et sur les enfants trouvés ainsi que de la correspondance, surtout au sujet des anniversaires de la crèche.

Sauvegarde de l’enfance : 1932-1973 ; 0,05 m

Cette petite série comporte des coupures de presses, des mémoires, de la correspondance, des circulaires, un contrat, les annales, l’album du centenaire et des procès-verbaux. On y traite de son incorporation en 1943, de même que des diverses décisions prises par les Assemblées générales.

École de Puériculture, 1948-1971 : 1940-1972 ; 0,075 m

À l’intérieur de cette série, nous retrouvons de la correspondance, le programme et l’allocution lors de l’ouverture de l’école et de sa fermeture, des documents relatifs aux associations et aux commissions des puéricultrices et des gardes-bébés, une pièce sur les dépenses, des listes de cours et d’étudiantes, de la correspondance diverse, des statistiques, des procès-verbaux, etc.

Œuvres, après la fermeture de la Crèche en 1972 : 1972-1993 ; 0,10 m

Cette série concerne les œuvres de la communauté qui ont suivi la fermeture de la crèche en Ouganda, à Handico, un centre de consultation sur les nouvelles religions, etc.

Photographies : 1901-1972 ; 4273 pièces

Ces photographies représentent les bienfaiteurs de l’œuvre, le personnel religieux et laïc de l’établissement, les enfants, non-identifiés, qui y ont séjourné et les puéricultrices formées à l’École de Puériculture. Il y a également des photographies des bâtisses qui l’ont abritée de même que des différentes salles qui les composaient.

2- Archives nationales du Québec

Le fonds du ministère de la Santé et des Services sociaux contient, dans la série hôpitaux, de la correspondance échangée entre le ministère et cet établissement de santé couvrant les périodes suivantes : 14 novembre 1921 au 9 novembre 1929 et 17 janvier 1930 au 27 novembre 1946. La série Crèche Saint-Vincent-de-Paul; Children Service Center; Council for Overseas Children (Report) est composée des dossiers administratifs et comptables de la crèche pour les années 1951 à 1973. On y retrouve des procès-verbaux, des lettres patentes, le journal général, le journal-caisse, le journal-salaire et des informations sur l’École de Puériculture. Il est à noter que de nombreuses restrictions à la consultation s’appliquent pour la majorité des documents conservés à l’intérieur de ce fonds.

PORTÉE

Ce fonds d’archives contient un grand nombre de renseignements sur le développement de la pédiatrie et de la puériculture dans la ville de Québec. D’autre part, il est incontournable pour quiconque voudrait rendre compte du sort réservé aux orphelins, aux enfants illégitimes ou aux enfants pauvres tout au long du XXe siècle. Il est également question de l’œuvre de Mgr Victorin Germain envers ces enfants démunis ainsi que de l’adoption de certains d’entre eux. Il renferme aussi une documentation fertile sur le rôle de la communauté des Sœurs du Bon-Pasteur dans le fonctionnement administratif et médical de l’œuvre.

LIEU DE CONSERVATION DES DOCUMENTS

  1. Maison généralice des Sœurs du Bon-Pasteur
    2 550, rue Marie-Fitzback
    Ste-Foy, Qc
    G1V 2J2
  2. Archives nationales du Québec
    1210, avenue du Séminaire
    Cité Universitaire, C.P. 10450
    Sainte-Foy, Qc
    G1V 4N1

PERSONNE RESSOURCE

  1. Céline Lacoursière, s.c.i.m., archiviste: 418 656-0650
  2. Rénald Lessard, archiviste: 418 644-4783

CONDITIONS D’ACCÈS ET RESTRICTIONS À LA CONSULTATION

Sur rendez-vous à la communauté des Sœurs de la Charité de Québec et aux heures d’ouverture aux Archives nationales du Québec.

Un instrument de recherche est à la disposition des chercheurs pour faciliter la consultation des divers documents.

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

Le Centre jeunesse de Québec conserve des dossiers médicaux, pour certaines années, des enfants qui sont passés par la Crèche Saint-Vincent de Paul, donc qui sont nés à l’Hôpital de la Miséricorde ou dans une autre maternité de la ville de Québec. La consultation de ces dossiers est soumise à la Loi de l’adoption et à la Loi de la santé et des services sociaux.

La sous-série Conseil et comités du fonds de la ville de Québec, conservée aux Archives de la ville de Québec, contient des documents d’archives qui concernent la Crèche Saint-Vincent de Paul. Un répertoire numérique est mis à la disposition du chercheur pour l’aider dans ses recherches, soit le Répertoire numérique détaillé de la sous-série Conseil et comités du fonds de la Ville de Québec.

Hôpital de la Grosse-Île [1832-19-] Des orphelins arrivait de l’Irlande 

Hôpital pour les contagieux

Hôpital de la Grosse-Île [1832-19-]

TYPE, DATES EXTRÊMES ET ESPACE OCCUPÉ PAR LES DOCUMENTS

Gare maritime Champlain

HISTORIQUE

« En 1832, il y a construction de l’Hôpital de la Grosse-Île. En prévision de l’épidémie de choléra qui sévit dans les Îles britanniques, un hôpital et des hangars sont érigés par des ingénieurs du roi à la station de quarantaine de la Grosse-Île qui est mise sous occupation militaire. » (Goulet et Paradis, 1992). Plusieurs bâtiments furent construits lors de l’épidémie de typhus de 1847.

Un hôpital d’une capacité de 100 lits est construit sur la Grosse-Île en 1880-1881. Un incendie l’a ravagé en 1968. Un autre hôpital est construit dans les années 1910, non loin de l’hôpital de 1881. Il a une capacité de 250 lits, et doit être consacré au traitement des personnes atteintes de maladies contagieuses.

Les annuaires de Québec relèvent cet hôpital sous le nom de Quarantine Station jusque dans les années 1930. La Conférence catholique canadienne mentionne d’ailleurs l’existence d’un hôpital du nom de St. Lawrence Quarantine Station en 1961. C’était un hôpital fédéral pour les contagieux qui comptait alors 7 lits et le directeur médical était le docteur J. M. Couillard.

CONTENU

Gare maritime Champlain

Certains registres sont conservés en bon état à la Gare maritime Champlain, il s’agit des documents suivants : Register of Deaths in Quarantine (1866-1903), Register of Births (1869-1875), Hospital Admission Book (1878-1894), Admission Book (1895-1912), Annual Report of Sick admitted during season 1913 at Quarantine Hospital, Supplement Western Division, Quarantine Ledger Grosse Isle 1913-1921. Il est à noter que des restrictions de consultation sont en vigueur concernant ces documents.

PORTÉE

Les documents conservés à la Gare maritime Champlain sont des registres de malades ; les informations contenues sont davantage de nature quantitative que qualitative.

LIEU DE CONSERVATION DES DOCUMENTS

Gare maritime Champlain
901, rue Cap Diamant
Québec, Qc
G1R 4V7

PERSONNE RESSOURCE

CONDITIONS D’ACCÈS ET RESTRICTIONS À LA CONSULTATION

Des restrictions de consultation sont en vigueur pour les documents conservés à la Gare maritime Champlain.

SOURCES COMPLÉMENTAIRES

La sous-série Hôpital Civique de la série Santé et salubrité du fonds de la Ville de Québec renferme des rapports journaliers de cas de choléra, des rapports hebdomadaires et de la correspondance de l’Hôpital de la Grosse-Île et de la Marine pour l’année 1849, année où sévit une épidémie de choléra. Un répertoire numérique est mis à la disposition du chercheur pour l’aider dans ses recherches, soit le Répertoire numérique détaillé de la série Santé et salubrité du fonds de la ville de Québec.

 

 

En 1920, les sœurs de la Providence ont la charge des enfants déficients mentaux qui logent à l’hôpital Louis-H. Lafontaine (anciennement nommé Saint-Jean-de-Dieu). C’est à l’intérieur des murs de cet hôpital qu’elles créent l’École Gamelin qui reçoit, en 1930, 72 enfants. Cinq ans plus tard, l’école accueille 200 enfants. En 1938, les sœurs poursuivent leur œuvre en créant une école normale spécialisée qui devient l’Institut médico-pédagogique Tavernier.

Vers 1946, les soeurs, avec l’aide de l’État, entreprennent la construction d’un centre pour déficients mentaux, l’hôpital Rivière-des-Prairies, qui se nomme à cette époque le Mont-Providence. Le territoire environnant n’est pas encore urbanisé. La seule voie de desserte est le boulevard Gouin Est qui est situé à grande distance de l’institution. L’imposant bâtiment est complété en 1947 et loge jusqu’à 1000 enfants.

De 1950 à 1962, le Mont-Providence dispense l’enseignement aux enfants déficients légers. Des pédagogues de l’enfance inadaptée sont formés au sein de l’institution. Les enfants qui logent à l’hôpital viennent de l’hôpital Louis-H. Lafontaine ou de crèches. Certains sont confiés par des familles. En 1954, 603 enfants vivent à l’hôpital.

En 1962, l’institution connaît un virage important car les soeurs doivent renoncer à l’enseignement. L’institution héberge dorénavant des cas de psychiatrie lourde qui atteignent, à l’époque, jusqu’à 1178 personnes. En 1969, s’amorce un démembrement progressif de l’asile et une volonté d’ouvrir davantage l’institution sur la collectivité. En 1975, le centre de santé mentale a la charge de 2000 enfants et adolescents dont 700 sont hospitalisés à cause de leur pathologie psychiatrique.

Hôpital Mont-Providence devenu Hôpital Rivière-des-Praries

L’Hôpital Rivière-des-Prairies, 1950-1975

Peut-on guérir d’un passé asilaire? : survol de l’histoire socio-organisationnelle de l’Hôpital Rivière des Prairies

La naissance d’une spécialité médicale : 1950

Ce sont les Soeurs de la Providence oeuvrant auprès des enfants depuis 1920, qui ont été les pionnières dans les méthodes thérapeutiques d’enseignement destinées aux enfants présentant des troubles de santé mentale. Enchantées des résultats, elles ont envoyé les religieuses se former aux méthodes américaines. L’École Gamelin où elles prodiguaient leurs soins ouvre dans un local de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu et se profile comme l’ancêtre des unités pédopsychiatriques que l’on connaît aujourd’hui. Ce milieu scolaire se verra octroyer une mission unique avec la création en 1956 de l’hôpital du Mont-Providence qui deviendra éventuellement l’hôpital Rivière-des-Pairies. À cette époque, plus de 23 % des admissions dans l’ensemble des hôpitaux psychiatriques du Québec sont constituées de patients de moins de 20 ans.

Les départements de pédopsychiatrie prennent forme ; 1960

En 1960, c’est l’époque de grandes effervescences à beaucoup de niveaux dans notre société et un peu partout dans le monde. La découverte des neuroleptiques, les promesses de la psychothérapie, le développement de la psychiatrie poussent la remise en question de l’organisation traditionnelle de l’hôpital psychiatrique.

Au Nord de la ville, à l’Hôpital du Sacré-Coeur, le docteur Camille Laurin avait pris la direction de l’Institut Albert-Prévost qui devint affilié à l’Université de Montréal en 1958. Il invita donc en 1964, le docteur Ernest Tétrault, qui venait de compléter à Boston sa formation analytique, à fonder à même l’Institut un service de psychiatrie pour enfants et adolescents. Se joignirent à lui Docteure Alexandris et Docteur Buies. Dre Alexandris prit en charge la clinique ambulatoire dans la Maison Rouge et Docteur Buies s’occupa des adolescents hospitalisés dans un petit pavillon qui devint en 1966 le Centre des Adolescents (CDA), premier lieu de traitement adopsychiatrique à Montréal. Cette même année se joignit au groupe le docteur Jean Bossé, fraîchement revenu de Paris avec une vision imprégnée de cette nouvelle approche de la pathologie mentale mise de l’avant par Serge Lebovici et Philippe Paumelle dans le 13e arrondissement. Cette façon de faire souhaitait donner à toute personne enfant ou adulte souffrant d’un trouble mental une alternative au confinement asilaire. Le docteur Bossé implanta dès son arrivée la première clinique de secteur de l’ouest de Laval. Il était convaincu qu’« une psychiatrie infantile éclairée et compétente était une prévention pour l’adulte de demain ».

Pendant ce temps, au Mont-Providence, toujours opéré par les Soeurs de la Providence, on se voit imposer le rôle de garderie, d’hébergement de cas très lourds, sans avenir prévisible, venant de tout le Québec. En 1961, il y a 1178 enfants au Mont-Providence. Cette même année, les Soeurs de la Providence, comme autorités de l’Hôpital, fournissent un témoignage à la Commission d’étude des hôpitaux psychiatriques. Très succinctement et très sobrement, elles expliquent leurs démarches débutées dans les années 1920 et pendant plus de trente ans avec des méthodes thérapeutiques d’enseignement visant à favoriser la désinstitutionnalisation, ou encore mieux la non-institutionnalisation des enfants placés en asile. Elles terminent en soulignant leur regret que le but premier de leur Institution ait été virtuellement sacrifié quand le Mont-Providence est devenu un hôpital psychiatrique (pour une histoire plus détaillée voire l’article de Hubert Wallot dans ce même volume). L’hôpital Rivière-des-Prairies reçoit en 1969 son nom d’une nouvelle Corporation et d’un nouveau Conseil d’administration. Il prend ainsi la place de l’Hôpital psychiatrique Mont-Providence (1954-1969) lui-même créé sur les cendres de l’Institut Médicopédagogique Mont-Providence, premier occupant de la bâtisse en 1950. Ces deux dernières institutions sont gérées, comme l’Hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu, par les Soeurs de la Providence sous un Concordat Église-État établi depuis la fin du 19e siècle.

 

Une relecture de l’histoire de nos asiles, du développement d’un hôpital psychiatrique pour enfants, porte clairement à penser que ce sont ces religieuses qui, les premières, ont proposé au Québec des méthodes novatrices et un plan d’action efficace pour amener la désinstitutionnalisation d’enfants placés injustement en asile. Dans cette foulée, on crée la Commission des hôpitaux psychiatriques (Dr Dominique Bédard) dont un des principaux commissaires, Dr Denis Lazure, deviendra en provenance de l’hôpital Sainte-Justine, le premier directeur général, laïque, de l’hôpital Rivière-des-Prairies. Homme de gauche qui, dans les années 1950, se faisait interdire l’entrée aux États-Unis, parce qu’il avait voyagé dans les pays de l’Est. « Médecin et militant » aurait été un titre plus approprié que « médecin et citoyen », titre de son livre (2002) pour qualifier la vie de ce psychiatre qui ne cache pas son admiration pour le Dr Norman Bethune et la syndicaliste Madeleine Parent. Un des principaux artisans de la révolution en psychiatrie des années 1960, instigateur de la première garderie en milieu de travail à l’hôpital Rivière-des-Prairies, il a été ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Lévesque, avec à son crédit le développement du réseau des garderies et la mise en place des « cliniques Lazure » pour l’avortement thérapeutique différents programmes spécifiques de réadaptation.

À l’Hôpital Rivière-des-Praires, le premier directeur laïc Dr Lazure se retire en 1975. Dr Jacques Mackay, son remplaçant pour les 25 prochaines années, va assurer la continuité, mais aura à gérer les « effets secondaires » du vieillissement naturel d’une population très handicapée, résistante aux « bienfaits de la sectorisation ». Il doit mettre fin à une certaine mixité et séparer les enfants des autres qui sont devenus adultes et occupent plus de 300 lits. Cette situation paradoxale, embarrassante, une sorte de répétition de ce qu’ont vécu les religieuses dans les années 1950, va permettre la réalisation la plus marquante, pour bien des observateurs, de la période Mackay. Il s’agit de la création, aux frais de l’Hôpital (et donc de ses nombreux lits), d’un important service de recherche en santé mentale de l’enfant. Concerné surtout au début par l’épidémiologie avec sa participation remarquée à l’enquête Santé-Québec, ce service prend progressivement de l’assurance, se diversifie et devient un pôle majeur en pédopsychiatrie.

chut ! dépêche-toi d’aller te laver. tu le sauras quand ça sera le temps.
La réplique n’est pas de mise. Alice penche la tête, prend son petit air boudeur des mauvais jours et se rend au lavabo en traînant les pieds. les pas feutrés de ses responsables amplifient le caractère inopiné de ce lever hâtif;
Tout autour d’elle respire le mystère.
C’est ainsi que commence l’histoire émouvante des enfants De Duplessis dans le livre écrit par Paul Gill.
Les enfants De Duplessis raconte l’histoire vraie d’Alice Quinton dont les souvenirs s’animent sous la plume de Pauline Gill pour nous révéler le cruel destin de ces orphelins de l’époque dite de la Grande noirceur au Québec
qui, considérés comme « non éducables » furent enfermés dans des asiles.
c’est à la télévision qu’on les désigna pour la première fois par cette expression, sans doute parce que le début de cet exode des enfants de la crèche vers les asiles a coïncidé avec l’arrivée au pouvoir de Maurice Duplessis.
Ali Les enfants De Duplessis est un témoignage désarment de vérité.Il intéroge notre société, celle d’hier comme celle d’aujourd’hui.

Ce livre me fut recommandé lors de mon voyage au Canada par une personne ayant eu connaissance de mon livre Où de mon livre Ou es-tu Maman?

Les deux histoires étant évidement le fait de la guerre et de ses conséquences sur les enfants adultérins.
Les enfants De Duplessis éditions Libre Expression 1991; ISBN 2-89111-413-2Sous le règne de Duplessis, des enfants illégitimes sont étiquetés comme malades mentaux et internés dans des asiles. Ces « enfants du péché » sont victimes d’une manœuvre du gouvernement Duplessis afin d\’obtenir des subventions fédérales. Au début des années 1990, les orphelins se mobilisent et réclament justice et réparation. Ils mènent un combat inégal pour sortir de l\’amnésie collective qu\’a longtemps entretenu la société québécoise à leur égard. Ils veulent enfin sortir de l\’anonymat, de la honte…Détail du livre :Alice Quinton brise enfin la loi du silence. Cette femme rescapée d\’un terrifiant cauchemar nous raconte tout sans rien dissimuler. C\’est à la télévision qu\’on utilisa pour la première fois l\’expression « les enfants de Duplessis ». On désignait ainsi les enfants illégitimes qui, au cours de la période dite de la « Grande Noirceur », se retrouvèrent dans des asiles d\’aliénés. Cet hébergement massif d\’orphelins en milieu psychiatrique coïncidait avec l\’arrivée au pouvoir de Maurice Duplessis… Alice Quinton se souvient de ses seize années « d\’emprisonnement ». Son enfance et son adolescence furent régies par les mots « sacrifices », « obéissance » et surtout « silence ». Car la règle du silence était sacrée : jamais un mot à personne des châtiments corporels, des « traitements » subis sous peine de s\’en voir infliger d\’autres bien pires encore. Alice grandira dans la crainte incessante d\’être prise en défaut, son petit corps encaissant tous les coups et retenant ses cris. Avec l\’angoisse aussi de devenir folle puisque condamnée à vivre avec des malades mentaux. Libérée en 1961, Alice retrouvera sa famille biologique et aura enfin droit au bonheur. Cette histoire vraie, racontée par Pauline Gill, une enseignante de Cégep qui a fait de nombreuses recherches pour retracer ce pan scandaleux de l\’histoire du Québec, est un témoignage bouleversant, d\’une grande intensité.

Période : 1948 – 2001
Hôpital Louis H. Lafontaine, Pavillon Ignace-Bourget

Orphelins de Duplessis, enfants d’asiles

Sous le règne de Duplessis, des enfants illégitimes sont étiquetés comme malades mentaux et internés dans des asiles. Ces « enfants du péché » sont victimes d’une manœuvre du gouvernement Duplessis afin d’obtenir des subventions fédérales. Au début des années 1990, les orphelins se mobilisent et réclament justice et réparation. Ils mènent un combat inégal pour sortir de l’amnésie collective qu’a longtemps entretenu la société québécoise à leur égard. Ils veulent enfin sortir de l’anonymat, de la honte…

Les orphelins se mobilisent

Date de diffusion : 24 janvier 1993

En 1993, le Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID) engage un recours collectif afin d’obtenir réparation de la part du gouvernement du Québec et des communautés religieuses responsables des hôpitaux psychiatriques. Créée en 1992, cette association est chargée de « revendiquer pour des milliers d’orphelins sans voix leur dignité et leurs droits et d’exiger que justice leur soit rendue ». Le juge André Denis de la Cour supérieure rejette ce premier recours collectif des orphelins.

Les enfants illégitimes internés au Mont-Providence après 1955 grandissent dans un asile. Les contacts avec le monde extérieur sont presque inexistants : les grillages aux fenêtres et les clôtures qui entourent l’édifice attestent de cet enfermement.

Les enfants y côtoient arriérés mentaux et malades de tous acabits. Les orphelins travaillent régulièrement dans l’institution. Plusieurs enfants sont soumis à des traitements destinés aux malades mentaux : électrochocs, injections, camisole de force, cachot. Deux heures de classe par jour sont données par les religieuses aux enfants « éducables ».

En 1962, une commission d’enquête connue sous le nom de commission Bédard se penche sur la situation des hôpitaux psychiatriques dans la province de Québec. Le rapport révèle que les asiles sont surpeuplés et que la classification des « malades mentaux » est effectuée sans fondement scientifique. Les psychiatres responsables du rapport, dont le docteur Denis Lazure, critiquent âprement le système asilaire.

Peu après le dépôt du rapport, un mouvement de désinstitutionnalisation est amorcé : les orphelins internés, devenus des adultes, retrouvent leur liberté. D’autres n’ont pas attendu et se sont évadés des hôpitaux psychiatriques pour tenter de s’intégrer à une société qui leur est inconnue.

Les orphelins se mobilisent

Média : Télévision

Émission : Second Regard

Date de diffusion : 24 janvier 1993

Invité(s) : Hervé Bertrand, Marie-Thérèse Bourque, Vincent De Villiers, Francine Delongchamps, Robert Fauteux, Gisèle Fortier, Jeanne Grenier, Myriam Kelly, Denis Lazure, Denis Lecoq, Thérèse Paradis, Lise Pleau, Alice Quinton, Bruno Roy

Enfants de Duplessis : des excuses… gratuites?

Date de diffusion : 4 mars 1999

Le 4 mars 1999, le premier ministre Lucien Bouchard présente des excuses officielles aux orphelins de Duplessis, assorties d’un fonds d’aide spécial de 3 millions. Le premier ministre refuse toutefois d’accorder des indemnités individuelles et de tenir une enquête publique sur cette question.

Après s’être entretenu avec Robert Perreault, ministre des Relations avec les citoyens, le journaliste Jacques Beauchamp recueille les réactions de Bruno Roy, président du Comité des orphelins de Duplessis. Ce dernier estime que le geste du premier ministre est insuffisant et manque de sincérité.

Dans sa déclaration ministérielle, le chef du gouvernement souligne parallèlement le dévouement et l’abnégation de milliers de religieuses et de religieux qui oeuvraient dans ces institutions spécialisées.

L’offre de Québec est catégoriquement rejetée par le Comité des orphelins de Duplessis, qui la juge « humiliante» . Quant au protecteur du citoyen, Daniel Jacoby, il critique lui aussi sévèrement la décision du gouvernement Bouchard de ne pas accorder d’indemnisations individuelles aux orphelins. Il souligne que, ailleurs au Canada, des compensations individuelles pour des dommages similaires ont été versées.

Quebec denies requests to disclose documents on Duplessis orphans

The Duplessis orphans were wrong committed to mental institutions from the 1940s to the 1960s, suffering abuse, neglect and wrongly treated as mentally-ill patients. A journalist has asked the Quebec government to release its documents pertaining to the settlement reached with the orphans and was repeatedly denied.

FILE PHOTO / THE GAZETTE

Quebec writer and journalist Daniel Tremblay is mired in a lengthy battle with the Quebec government to discover how it decided to compensate a generation of abused orphans.

Nearly three years after he first filed access to information requests that were mostly denied, Tremblay is in court this week to contest the refusal and get his hands on thousands of pages of documentation.

He’s seeking details regarding the Duplessis orphans, children who were abandoned or removed from their unwed mothers and placed in provincially funded, church-run orphanages. From the 1940s to the 1960s, the Quebec government under Maurice Duplessis and the Catholic Church transferred thousands of children to insane asylums or had the orphanages reclassified as mental health institutions, because those institutions would receive federal funding. Many of the children were abused, neglected or classified and treated as mentally ill patients. In 2001, the Quebec government finally paid 1,500 out of an estimated 3,000 surviving Duplessis orphans who banded together to reach a settlement on average of $25,000 each. In 2006, another $26 million was distributed, with the stipulation the orphans could not sue the Catholic Church. While the government apologized and paid the bill, religious organizations and medical practitioners who were implicated in classifying the orphans as mentally unstable did not.

When Tremblay was writing a book on the abuse suffered by many of the 150,000 aboriginal children forced to attend residential schools by the Canadian government in the 1900s, many of the victims equated their suffering with that of the Duplessis orphans. But under the federal compensation program, some aboriginal victims of abuse received as much as $275,000, a Truth and Reconciliation Commission was established and religious groups and the government offered formal apologies in a very open process, Tremblay said.

Which raised the question for Tremblay and the Comité des orphelins victimes d’Abus (COVA), which says it represents close to 30,000 orphans in the province: Why weren’t Quebec’s victims treated the same way?

“We want to know: How did you calculate this compensation? What basis did you use to come to these numbers? Were the churches involved in the negotiations? And why were the orphans never consulted?” Tremblay added.

In September 2009, Tremblay submitted access to information requests with four government bodies involved in the file: the Department of Employment and Social Solidarity, the Department of Justice, the treasury board and the executive council, the administrative branch of the premier’s office. Tremblay said he asked for the equivalent of 20,000 pages in documents that include transcripts of negotiations. A few months after his request, he received roughly 150 pages in documents, none bearing the information he was requesting. Access to other files was refused because the departments said they didn’t exist or were confidential or couldn’t be granted under the province’s access to information laws. Quebec prosecutor Marie-Josée Bourgeault, representing the Commission d’acces à l’information du Quebec, said Monday during the review hearings for Tremblay’s request that she preferred to reserve the government’s stance for her closing arguments, expected in the coming weeks.

“We want to say to the government that we want to reopen the case,” said Lucien Landry, president of the orphans committee COVA. “Only through the truth can there be true reconciliation and healing.”

A decision on the review hearing is expected in the fall, Tremblay said.

rbruemmer@montrealgazette.com

L’Institut Doréa, lieu de toutes les horreurs

Photo de:Jarold Dumouchel

Le paradis du graffiti mal orthographié

Franklin (Quebec), Canada

Situé à Franklin au sud-ouest de Montréal, l’histoire de l’ancien Institut Doréa,aujourd’hui  abandonné, se raconte par petites bribes. Non pas que son récit soit empreint d’horreurs (quoi que…), mais plutôt qu’il est plutôt difficile de trouver de l’information véridique sur Internet.

Dans un premier temps, il faut savoir qu’il se raconte beaucoup de trucs à son sujet. Pour les amateurs de Ouija et du film Ghostbusters, vous serez probablement heureux de savoir que plusieurs croient l’endroit hanté. Par contre, loin de moi l’idée de détruire vos illusions et vos envies d’aller y chasser le fantôme avec votre filet à papillons, mais durant les quatre heures que nous y avons passé, on n’a rien ressenti ni vu.

En fait, la seule chose qu’on a vue et ressentie, c’est que les jeunes graffiteurs qui y ont dégueulé leur «art» sur les murs n’ont probablement jamais beaucoup discuté grammaire avec leur dictionnaire. C’est le paradis des fautes d’orthographe, c’est moi qui vous le dis.

Mais bon, revenons plutôt à l’histoire du bâtiment. En fait, je devrais plutôt dire le complexe, car c’est plus de onze bâtisses qui se trouvent sur ce vaste terrain. Et ça, c’est sans compter l’église qui a été détruite à la suite du verglas de 1998.

Il y a donc beaucoup de bâtiments ici : une école secondaire, une école primaire, deux dortoirs pour adolescents et trois bâtiments pour les enfants dont l’un servait de garderie aux enfants des adultes qui y travaillaient. Et ça, c’est sans oublier une grange, un garage, un poulailler, des aires de jeux, une cabane de chasseur et des chalets. Bref, une vraie petite ville en plein milieu des bois, à deux pas de la frontière états-unienne.

Mais,bert (1979, p. 1512s) évoque deux sens du mot préjudice. Ce mot provient de deux mots latins indiquant, d’une part, jugement anticipé, et, préjuger, d’autre part. Ces deux mots, réunis ensemble, donnent, quelque part, le terme de préjudice. Ce mot rappelle deux sens précis que voici: est surtout connu pour y avoir accueilli les orphelins de Duplessis. Rappelons que ces derniers désignent des milliers d’enfants orphelins qui ont été faussement déclarés malades mentaux par les organismes religieux de l’époque afin de profiter des subventions fédérales. Bref, on parle d’une énorme escroquerie où l’Église Catholique ne s’est pas contentée d’arnaquer le gouvernement, mais ces derniers en ont aussi profité au passage pour violer, battre et martyriser ces milliers de garçons et de filles qui étaient sous leur responsabilité. Criminels qui n’ont jamais payé pour leurs crimes, doit-on ajouter.

Pire que ça, l’Église avait même le droit entre 1942 et 1960 de vendre les dépouilles non revendiquées de tout orphelin à une école médicale. Des orphelins ont même déclaré que certains de leurs confrères et consœurs ont servi de cobayes à des expériences médicales. On raconte qu’en 2010, il ne reste plus que 300 à 400 des milliers d’orphelins qui étaient sous le joug de l’Église il y à peine 50 ans.

Bref, l’Institut Doréa, qui était un établissement non psychiatrique, fait partie de la liste du Programme national de réconciliation avec les orphelins et orphelines de Duplessis qui permettait aux victimes d’avoir droit à un montant de 15 000$. Ce programme date de 2007.

L’Institut Dorea est situé à Franklin, Quebec, à 200 mètres des lignes américaines, sur Covey Hill près de Ormstown.
Il est difficile de croiser les information sur Internet à propos de cet endroit, mais ce fut supposément une école, puis une institution psychiatrique et maintenant un asile abandonné, hanté.
La majeur partie des informations fait référence à la tragédie des orphelins de Duplessis.

Commençant dans les années 1940 et se poursuivant dans les années 1960, le Premier Ministre du Quebec, Maurice Duplessis, convenu d’un obscur accord avec l’Eglise Catholique Romaine (qui gérait les orphelinats). Il développa un complot afin de récolter les fonds du gouvernement fédéral pour des milliers d’enfants, dont la plupart étaient rendu orphelins part une séparation forcée avec leur mère qui n’était pas mariée.
Dans certains cas, les orphelinats Catholiques étaient renommés centres de soins, et pour d’autres cas, les enfants étaient envoyés dans des asiles existants.
Ce n’est qu’à la fin des années 90, que les enfants qui avaient survécu et qui étaient devenus adultes, commencèrent à parler de leur horrible traitement, des expérimentations de différentes drogues et des abus sexuels qu’ils ont du endurer.

Faussement déclarés déficients mentaux, garçons et filles furent torturés et abusés physiquement, et même leurs corps étaient vendus pour quelques dollars aux écoles de médecine et universités.
En 1999, le gouvernement québecois s’excusa pour ce qui était arrivé aux orphelins de Duplessis, mais n’a pas ouvert d’enquête sur le sujet… les criminels ne payèrent pas de leur crimes.

Certains articles mentionnent même que le site était en relation avec le projet MK ULTRA de la CIA, un programme sur le contrôle de l’esprit, en partie dirigé par le très controversé docteur Donald Ewen Cameron, vivant en Virginie, de l’autre côté de la frontière. Le docteur Cameron n’était pas simplement un psychiatre, il tenait la présidence des association psychiatriques Américaine, Canadienne et Mondiale et bien d’autres encore. Malgré cela, il était vivement critiqué pour ses traitements abusifs sans le consentement de ses patients, utilisant électrochocs et drogues, incluant le LSD.

Revenons sur le site de la Dorea, l’endroit est composé de plusieurs bâtiments abandonnés: une école secondaire, une école primaire, deux dortoirs pour adolescents et trois pour enfants. Une église était également présente, mais elle fut détruite durant la tempête de glace de 1998.
Ce lieu abandonné est maintenant fréquemment visité par certains en manque d’adrénaline, les accrocs d’activité paranormale, des lieux hantés et autres fantômes… des explorateurs urbains, et peut-être même des squatteurs et trafiquants de drogue (vu l’emplacement à ‘bonne’ distance de la frontière américaine).

Parfois, l’exploration utbaine peut vous mener à explorer les côtés les plus sombres du genre humain. Ce n’est pas seulement de photographier des bâtiments, mais également leur histoire.

De jeunes ados se rendent également sur place pour casser ce qu’il reste et recouvrir les murs de graffiti bourrés de fautes d’orthographe… pour terminer sur une note un peu plus légère.

NOTE IMPORTANTE:
L’exploration urbaine peut être dangereuse et illégale, alors faîtes attention si vous visitez ces lieux abandonnés. Nous ne vous encourageons pas à les explorer, mais si vous le faîtes, veuillez s’il vous plait respecter ces lieux anciens.
Vous entrez à vos risques et périls!

L’Institut Doréa fut apparemment fermé en 1995.

2018 Janvier  Souper des Fêtes pour les anciens du Mont-Providence

Les anciens se sont fraternisé es a ce souper mémorisé les événements du passé, regard des visage vieillissants ont n’a de misère a trouver leur nom après ont les  situe a la bonne place du passé historique. Les mauvais souvenir et le bonne souvenir du passé peut glorieux pat moment

QuittancePNROOD (1)

The institue for Human Resource Dévelopment

Recherche sur les sévices contre les enfants Justice Canada Droit Victime

Justice Canada Droit Victime

 

 

Réaction documens de discussion

Renvoi de la ministre sur les sévices contre les enfants placés en établissements  

Commission du droit du Canada

par Bruno Roy , pour le COOID

Président du Comité des orphelins et des orphelines institutionnalisés de Duplessis

Version définitive

Montréal, le 24 mai 1999

Ce n’est pas la souffrance de l’enfant qui est révoltante, en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée.

Albert Camus

La Commission se donne pour mission «d’évaluer les différentes méthodes de réparation actuelles et possibles du point de vue de ceux et celles qui ont été euxmêmes victimes de violences dans les établissements pendant leur enfance». Ces questions, ajoute-t-elle, se font encore plus pressantes lorsque les sévices perdurent pendant de longues périodes. Ce qui est précisément le cas concernant ceux et celles qu’on appelle les Orphelins de Duplessis.

En tant que porte-parole du groupe, j’ai réagi ponctuellement (sur Intemet) au Document de discussion de la Commission du droit du Canada portant sur les sévices contre les enfants placés en établissement. J’ai pris l’initiative de réunir les différents textes envoyés au groupe francophone de discussion dans un même document sous la forme d’une réflexion que j’ai intitulée:

RÉACTIONS AU DOCUMENT DE DISCUSSION

Notre groupe a été heureux d’apprendre que la Commission ait décidé de ne pas limiter son examen à la seule question des sévices physiques et sexuels. Dans le cas des Orphelins de Duplessis, c’est une excellente nouvelle. Outre le préjudice imputable aux sévices physiques ou sexuels, la Commission, en effet, doit considérer, dans notre cas, le préjudice imputable à d’autres genres de sévices d’ordre affectif, psychologique, spirituel, culturel ou intellectuel d’où ont découlé des souffrances exceptionnelles qui nous ont été gravement préjudiciables. À tout cela, autre considération dont il faut tenir compte, s’ajoute l’exploitation systématique dont les orphelins ont été victimes dans les institutions ou sur les terres agricoles et que l’on refuse de considérer comme préjudiciables à leur développement.
Depuis les débuts de leur lutte, les Orphelins de Duplessis partaient d’une prémisse reconnue : personne ne conteste que les citoyens de ce pays sont dans un régime de droit. Ils sont aussi des citoyens à part entière. Or, dans les faits, ils n’ont pas accès à ce régime de droit. Voilà ce qu’ils veulent démontrer aux membres de la Commission. Les Orphelins de Duplessis sont dans l’impossibilité d’aller vérifier devant les instances judiciaires leurs droits. Ne cachons pas les faits: dans leur dossier, il y a déni de justice.
Jamais les juges Denis, Lachapelle et Morneau, qui ont tous trois refusé la formule du recours collectif, n’ont prétendu d’aucune façon que les allégations des requérants étaient malveillantes ou même fausses ou même non fondées en droit. Au contraire, en suggérant un ou des recours individuels, ils ont indiqué clairement qu’ils ne se sont pas prononcés sur le bien-fondé de ces allégations. Les trois jugements n’ont jamais mis en cause, dans ce dossier, l’apparence de droit; ils ont même exprimé une sympathie réelle à l’endroit des requérants. Tout au plus concluent les juges, la procédure du recours collectif serait inapplicable.
Notre participation à ce forum de discussion, initié par la Commission du droit du Canada, veut illustrer l’ampleur de notre impuissance à trouver réparation et du préjudice qui en découle. Le Protecteur du citoyen lui-même, Me Daniel Jacoby, avait trouvé «scandaleux» le traitement qui a été fait aux Orphelins de Duplessis. Comme on le verra, plusieurs pistes proposées par la Commission ont été utilisées par le COOID et n’ont pas donné de résultats satisfaisants. Est-ce ainsi dans les autres provinces canadiennes?  Si oui, comment y remédier? Avons-nous tort de penser que la Commission du droit du Canada ne pourra, dans le cadre de notre dossier, intervenir pour accélérer le processus de réparation?

Présentation du groupe

Depuis 1992, le Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID) forme une organisation sans but lucratif détenant une charte du Québec et regroupant un nombre toujours croissant de membres ayant acquis la conscience de leur condition humaine liée à leur exclusion sociale. L’exploitation et les souffrances de ces personnes ont été telles qu’il aura fallu plus de quarante ans pour parvenir à se faire entendre et avoir droit à la reconnaissance de leur dignité humaine que les autorités, à ce jour, ne leur ont j’amais reconnue.

Bref historique

Dans les années 40 et 50, les autorités religieuses, médicales et gouvernementales ont maintenu dans des institutions psychiatriques environ 3 000 orphelins, pour la plupart faussement étiquetés malades mentaux.  Alors qu’un concordat existait entre l’Église et l’État, ils étaient internés au mépris de la loi et avec la complicité du corps médical. En institution ou sur les terres agricoles, la majorité des enfants ont servi de main-d’oeuvre gratuite et un grand nombre d’entre eux ont subi des sévices corporels ou ont été exploités sexuellement. Coupés de toute instruction, ces enfants devenus adolescents ont facilement constitué une main-d’oeuvre gratuite.
Profitant de son document de discussion, le COOIID veut porter à l’attention de la Commission du droit du Canada le grave problème auquel ses membres font face: l’impossibilité, pour eux – contrairement aux victimes des autres provinces canadiennes dans des dossiers similaires – d’accéder à une justice normale. Ils affrontent un climat d’obstruction qui, historiquement aux plans religieux, politique et médical, a marqué leur dossier. Ce climat d’obstruction a même atteint, sous forme de damage control, le palier de la justice administrative. Dans les faits, on tolère un scandale dont on connaît l’existence.
Le COOID travaille donc à ce que les orphelins et orphelines obtiennent justice et ainsi, dans l’esprit même du document de discussion de la Commission du droit du Canada, se sentent des citoyens à part entière.

La collectivité des Orphelins de Duplessis

Il faut considérer avec raison les Orphelins de Duplessis comme une collectivité que la Commission donne d’ailleurs en exemple et qu’elle définit comme suit : un groupe de personnes qui s’identifient l’une et l’autre en raison d’intérêts communs ou de caractéristiques communes que partagent les membres de ce groupe.
Or, Mgr Turcotte est allé jusqu’à nier la «collectivité» que nous constituons.  En effet, il a refusé de considérer les Orphelins de Duplessis au sens où les définit la Commission du droit du Canada.

Cette vision toutefois, au plan juridique, nous a posé des problèmes dereconnaissance. L’intemement illégal suite à l’établissement de faux diagnostics (décision administrative) est l’événement causal commun qui a entrîciné des dommages similaires et de même nature pour l’ensemble des membres du groupe. Aussi, lorsque le juge Lachapelle affirme que la preuve de cette déclaration n’est pas suffisante, que la fausse déclaration doit être prouvée cas par cas, il conclut trop vite qu’on ne peut procéder par une preuve commune. Même si chacun des membres du groupe a sa propre histoire et que les degrés de conséquences peuvent varier, les questions communes sont plus nombreuses que les questions particulières : internement illégal, falsification des dossiers, suspension des droits civils, perte de scolarisation, environnement asilaire, socialisation déficiente, perte d’intégrité psychologique, médication abusive, sévices corporels, agressions sexuelles, maind’oeuvre gratuite, perte de capacité de gains, etc.  Particulièrement, en ce qui concerne les Orphelins de Duplessis, il faut parler du génocide de leur intelligence.
Les répercussions des sévices sur la collectivité des Orphelins de Duplessis sont fonction d’un certain nombre de facteurs reconnaissables à d’autres collectivités et que décrit la Commission : l’ampleur des violences, leur durée, la position qu’occupaient les agresseurs au sein de la collectivité, le statut de l’établissement où les violences ont été commises et la mesure dans laquelle la collectivité a souffert suite au préjudice causé à chacune des victimes. Voilà ce que Mgr Turcotte a tenté d’effacer. «Pour moi, affirme le cardinal, les communautés religieuses, ce n’est pas une réalité abstraite.» (Le journal du midi, CKAC, 99 02 19).  Bien sûr!  Et les Orphelins de Duplessis?  Une réalité abstraite?  Voyez ce qu’il en dit: «Parce que quand on parle des Enfants de Duplessis, de qui on parle exactement?  Des enfants de la crèche, des délinquants, des enfants… (CKAC, 99 02 19).  Ces «enfants», précisément, ont passé 40 ans, 50 ans à souffrir : leurs préjudices sont aussi concrets que le dévouement des religieuses, que le porteparole du COOID n’a jamais nié, par ailleurs.
Les Orphelins de Duplessis partagent beaucoup de traits communs avec les autochtones. À propos de ces derniers, la Commission reconnaît qu’«il ne leur manquait pas seulement l’instruction : ils étaient atteints émotivement, cognitivement et intellectuellement». «La violence, écrit Landino que la Commission cite, avait complètement perturbé leur capacité de nouer des liens véritables avec les gens de l’extérieur». Cette vérité s’applique aux Orphelins de Duplessis. Comme les autochtones, ils «n’ont pas appris à être parents, car [ils] n’ont pas eu de parents» (p. 26). Comme eux, ils ont été traités comme de la maind’oeuvre plutôt que comme des enfants à éduquer et à instruire. Comme eux, n’ayant pas reçu une instruction décente, les perspectives d’emploi ont été et sont toujours extrêmement linùtées. Ainsi que l’écrit encore la Commission, «L’extrême dépendance envers le bien-être social devient un autre problème collectif» (p. 31).
Il s’agit de mettre en perspective la durée du séjour en institution des Orphelins de Duplessis pour en comprendre les séquelles permanentes.  Tous comprendront qu’à la longue, la durée peut devenir une forme d’aliénation institutionnelle. Le jour de son intégration en société et pour le reste de sa vie, l’orphelin transporte toute cette mémoire institutionnelle de l’enfance marquée par le nombre d’années et l’ampleur des sévices. C’est aussi cette dimension que le cardinal Turcotte nie lorsqu’il nie la tragédie collective des Orphelins de Duplessis.
Abordons maintenant cette question de la collectivité des Orphelins de Duplessis «en termes éventuels d’indemnisation». La Commission du droit du Canada se demande si on apporterait une réponse suffisante en n’indemnisant que les individus (p. 20). Je ne sais pas si ce qui s’applique aux autochtones, par exemple, peut, en toutes lettres, s’appliquer aux Orphelins de Duplessis. Même s’ils ont de nombreux points communs, nous ne parlons pas du même type de collectivité. Dans le cas des Orphelins de Duplessis, il n’y a pas de culture, de langage, voire de valeurs propres à une entité collective préexistante au groupe. Les autochtones, en tant que groupe, préexistent à leur drame. Ils avaient des droits, des territoires, une culture qu’aucun orphelin ne peut revendiquer collectivement avant la tragédie qui aujourd’hui nous rassemble. Dans les cas des orphelins, il s’agit donc d’indemniser des individus, pas un groupe ethnique ou culturel. Ce qui n’empêche évidemment pas d’offrir des services d’écoute ou de counselling, voire soutenir financièrement le groupe.
Ce qui est clair, c’est que ces services et cette aide financière pour soutenir les activités du groupe ne doivent pas porter préjudice à l’obtention d’une indemnisation financière pour préjudices encourus. Ainsi que l’écrit si justement Jean-Pierre Arcoragi, dans son premier texte de discussion : «Une compensation financière raisonnable démontrera à tous que la société est sérieuse lorsqu’elle dit qu’elle ne tolère pas les abus que subissent les enfants». L’argument est de taille.

Les Orphelins : internés dans des établissements totalitaires

«Aucun enfant ne décide de vivre en établissement», dit le texte de la Commission. Or, ce qui caractérise les Orphelins de Duplessis, c’est qu’ils ont été internés illégalement. Issus du réseau des crèches, ils constituaient une clientèle captive. Ces enfants, pour paraphraser le texte de la Commission, n’avaient pas de fanùlle sur laquelle ils pouvaient compter pour veiller à leurs intérêts ou même pour s’informer de leur bien-être. Les portes de l’extérieur leur étaient fermées. Ces enfants étaient donc des cibles faciles (p. 18).
Comme les autochtones, les Orphelins de Duplessis «en sont venus à perdre même la notion d’un refuge sûr où ils seraient protégés» (p. 17). En effet, ces derniers ont été placés dans des établissements surveillés qui servaient d’établissements carcéraux.  Ici, pensons au cas du Mont-Providence : l’État est intervenu pour ajouter un préjudice à un autre préjudice, même si sa responsabilité et son devoir étaient et sont toujours d’intervenir «dans le but de soustraire l’enfant à un préjudice.» (p. 17). Les médecins n’ont pas fait mieux. Comme l’écrivait l’historienne Micheline Dumont, jetant un regard sur l’ensemble des institutions psychiatriques de l’époque, «les dossiers médicaux servaient de bordereaux de transfert». 2

Ces établissements dans lesquels vivaient les Orphelins de Duplessis étaient des lieux dits totalitaires, c’est-à-dire que toutes les facettes de la vie des enfants étaient déterminées par les personnes en autorité et, les contacts avec les familles, les communautés culturelles et sociales et le monde extérieur étaient limités (p. 2). D’ailleurs, Steven Ortiz classe dans la catégorie des institutions totalitaires, les établissements psychiatriques : «Il s’agit de milieux fermés, écartés de la société, à caractère fortement exclusif, chauvin.»3  Les effets étaient communs : l’isolement, la privation de leur autonomie, l’humiliation ou l’avilissement.
J’emprunte encore une fois les éléments de conclusion de la Commission «L’isolement découlant d’un milieu hostile, punitif ou abêtissant est plus grave et plus dommageable que le simple fait de ne pas voir sa famille ou recevoir du courrier. L’isolement le plus profond consiste peut-être dans l’incapacité de faire confiance à qui que ce soit». (p. 14).

La question des pratiques de l’époque

La Commission affirme qu’on «ne saurait répondre aux besoins des victimes sans tenir compte des motifs qui ont été à l’origine du placement en établissements, on se trouve dans bien des cas à placer les sévices dans un contexte différent» (p. 20).  Ici, une diversion est possible : élargir la responsabilité de l’individu à la société risque de devenir une fuite en avant, si toute l’information n’est pas disponible. Dans le cas de la tragédie des Orphelins de Duplessis, c’est la commodité administrative, l’attitude corporatiste des communautés religieuses et l’absence d’éthique professionnelle des médecins qui en ont été la cause, pas les valeurs de l’époque.
Lorsque le clergé et les congrégations religieuses font référence aux valeurs de l’époque, ils font de la diversion. Déjà à cette époque, les abus étaient connus et la dénonciation rendue publique. On a préféré le mutisme le plus abject.  Pire, Mgr Turcotte dit n’importe quoi. Par exemple, cette déclaration : «On ignorait tout de la déficience intellectuelle» (Journal de Montréal, 99 02 20). Voici le célèbre psychiatre Heinz Lehmann, témoin de l’époque; il affirme que les erreurs de diagnostics concernant les Orphelins de Duplessis ne relèvent pas du manque de connaissances

  • Je ne comprends pas ce qui a pu se passer.  Même avec les     connaissances du moment, il est inadmissible que des psychiatres aient pu     faire de telles erreurs de diagnostics. On savait tout de même     reconnaître une maladie psychiatrique à cette époque.     (L’Actualité, 15 mai 1993).

Je veux maintenant lier ce qui précède à ce qu’affirrne la Commission du droit du Canada qui écrit ceci : on «ne saurait répondre aux besoins des victimes sans tenir compte des motifs qui ont été à l’origine du placement en établissements, on se trouve dans bien des cas à placer les sévices dans un contexte différent» (p. 20).
Lorsque la Commission affirme que «c’est la société qui a permis que l’on fasse des victimes de ces enfants», elle risque de tomber dans une sorte de raisonnement commode et simplificateur. Cette société, dans les cas des Orphelins de Duplessis, était maintenue dans l’ignorance, l’Église allant jusqu’à contrôler les consciences. Soumission, silence, abnégation, secret, constituaient les éléments du discours idéologique que l’Église imposait. «Les communautés religieuses «ramassaient» (notez le mépris du cardinal) les enfants dont les parents ne voulaient pas» (Joumal de Montréal, 99 02 20). Ce que Mgr Turcotte ne dit pas, c’est que ce sont ces mêmes religieuses qui arrachaient les enfants à leurs mères en obligeant celles-ci à signer des papiers d’abandon et qui falsifiaient illégalement les actes de naissance. Pour être responsable, il faut de l’information. Hier comme aujourd’hui.
Référer aux motifs et aux objectifs à l’origine des pratiques, pour les Orphelins de Duplessis, constitue souvent, non sans une certaine efficacité dans l’opinion publique – la série de cinq articles contre les Orphelins de Duplessis de la j oumaliste Lysiane Gagnon (avril-mai 1997) – de la pure diversion soutenue par une malhonnêteté intellectuelle profonde. La Commission doit se méfier des arguments évoqués par la partie adverse. Cela dit, lorsque la Commission écrit qu’il «est impensable d’examiner les conséquences des sévices contre les enfants placés en établissements sans tenir compte des attitudes, croyances et valeurs générales qui ont conduit autant d’enfants dans des endroits où autant de mal leur a été fait» (p. 11), nous comprenons ce qu’elle veut dire; qu’il est possible que ces facteurs aient une incidence sur l’évaluation que fera la Commission des méthodes de réparation les plus valables. Mais cela réfère ou est lié, dans sa réflexion, à la notion de collectivité dont j’ai déjà parlé.
Afin de ne pas céder au révisionnisme historique simplificateur, la Commission doit s’obliger à lire les gens appartenant bel et bien à ladite époque des Orphelins de Duplessis qui ont contesté les gestes et les décisions de cette même époque. Pensons ici à Paul Letondal 4, Albert Plante, sj. 5, à Gérard Pelletier 6, à Jacques Hébert 7, à Arthur Prévost 8, Jean-Charles Pagé 9, Alice Parizeau 10, Jean-Claude Paque 11, à Pierre Laberge 12, Jean-Guy Labrosse 13, et combien d’autres qui, à moins que je ne l’ignore, appartenant à des mouvements catholiques, n’avaient rien d’anticlérical. À toutes ces lectures, doivent s’ajouter les différents rapports d’enquête du gouvernement dont le plus connu, le Rapport Bédard 14.
Prétendre que les allégations des Enfants de Duplessis déterrent des sujets scabreux, c’est faire du révisionnisme historique, c’est nier que des centaines d’enfants ont été déclarés malades mentaux et traités comme tels, que d’autres ont fait l’objet d’un marché noir des bébés, que d’autres encore ont servi de «cobayes» à des expériences médicales, que d’autres ont été violentés ou sodomisés, etc. Cela n’a rien à voir avec les valeurs de l’époque. C’est la violation même des lois appartenant à cette époque qui est en cause; tantôt pour une question d’argent, tantôt pour satisfaire des besoins primaires, tantôt à des fins d’exploitation tout court.  Comprendre l’époque, en ce qui concerne les Orphelins de Duplessis, c’est comprendre les intérêts corporatistes qui étaient en jeu et qui montrent que les orphelins faisaient de la politique sans le savoir.
Permettez-moi, enfin, de citer le sociologue de l’Université du Québec à Montréal, monsieur Jacques Beauchemin, qui déclarait ce qui suit à l’émission «Droit de parole» (Télé-Québec, 95 01 27):

  • Oui, je pense que d’abord, il faut établir que notre époque     ou notre société actuelle peut se permettre un jugement     rétrospectif sur son histoire sociale du Québec, sur     l’éthique sociale contemporaine. Y a une morale sur la base de     laquelle on peutjuger ce passé-là.

J’invite la Commission du droit du Canada à une réflexion vigilante en cette matière.

Les besoins des victimes

Outre les besoins fondamentaux, écrit la Commission, la recherche a permis de conclure que les méthodes de réparation peuvent être plus bénéfiques si elles respectent certains besoins des victimes en matière de procédure.  Ce avec quoi nous sommes tous d’accord. Aux six besoins que la Commission a établis, nous en ajoutons et reformulons l’ensemble :

  •     1 .établissement de l’historique des sévices     2. reconnaissance des préjudices, excuses     3. urgence d’agir     4. accès normal à la justice     5. indemnisation financière     6. accès à la thérapie et à des services de     counselling     7. accès à l’éducation et à l’information     8. châtiment des agresseurs     9. engagement envers la prévention

La compréhension des besoins des victimes se veut un élément crucial du travail de la Comnmission afin d’évaluer les diverses méthodes de réparation. Celle-ci confirme notre conviction profonde : toute méthode de réparation doit empêcher tout nouveau préjudice.  La Commission espère apprendre des victimes quelle est la meilleure façon d’envisager d’autres méthodes de réparation. Le dossier des Orphelins de Duplessis nous servira d’exemple pour illustrer les difficultés auxquelles ces derniers ont eu à faire face dans l’application de certaines pistes que propose la Comnùssion elle-même.
Notre dossier est d’une complexité inégalée au Canada. Il ne concerne pas que la question des violences physiques et des agressions sexuelles. La Commission devra avoir en tête que notre dossier est à la fois similaire aux autres, mais en même temps, unique au Canada, voire en Amérique du Nord.
Le Protecteur du citoyen du Québec a lui-même reconnu, devant la Comrmission des institutions, que «I’État n’a pas de problème de ressources quand il utilise les tribunaux». Ni les communautés religieuses d’ailleurs!  Entre l’appareil de l’État et le citoyen, le déséquilibre est «absolument incroyable», dit-il. Il n’est pas étonnant qu’il ait découvert «la gestion par usure». Cela épuise comme vous savez. C’est cette gestion «par usure» à laquelle sont confrontés les Orphelins de Duplessis.

1 . Établissement de l’historique des sévices

Depuis 1992, et bien avant si on pense aux récits-témoignages publiés par JeanGuy Labrosse depuis 1964, les Orphelins de Duplessis ont démontré la capacité et la volonté de révéler ce qu’on leur a fait. Malheureusement, ils ont toujours été confrontés au silence, voire au détournement du sens de leurs souffrances.

Même si les Orphelins de Duplessis en ont fait la demande, l’État a refusé jusqu’ici de lancer une enquête publique. Au début de l’année 1997, le Protecteur du citoyen a présenté son propre rapport suite à sa propre enquête. A suivi, celui de la Commission des institutions du Québec qui allait dans le même sens que le rapport du Protecteur du citoyen. Les médias ont mené leur propre enquête, les revues ont fait paraître des reportages, la télévision a présenté plusieurs émissions sur le sujet, la radio a offert ses tribunes téléphoniques. Un livre-témoignage, celui d’Alice Quinton, intitulé Les enfants de Duplessis (Libre Expression, 1991), écrit par Pauline Gill, a inspiré le nom du regroupement. Un essai sur la tragédie collective des Orphelins de Duplessis, écrit par l’auteur de ces lignes, Mémoire d’asile (Boréal, 1994) a été suivi, en 1996, par un deuxième essai, L’univers des enfants en difficulté, sous la direction de Marie-Paule Malouin (Fides).  Sous la forme d’une fiction en 4 épisodes, la Société Radio-Canada a présenté la télésérie (fiction historique) Les Orphelins de Duplessis au printemps 1997. Une version romanesque de la télésérie parut en 1998 aux éditions XYZ sous le titre Les calepins de Julien. Sans compter que le COOID a participé activement à ce que la Commission appelle un «effort documentaire» : il a établi des archives centrales (dossiers personnels, articles, études et enregistrements). À ce jour, tous ces efforts n’ont rien donné.
Dans notre dossier, l’accumulation de preuves n’a rien changé. L’effort documentaire a été discrédité sous prétexte de partialité. Les Orphelins de Duplessis font face à une réalité que la Commission a bien identifiée et qui constitue une crainte réelle pour eux : être incapables de s’assurer que l’histoire ne sera pas écrite ou réécrite comme un constant démenti de leurs allégations. Dans leur défense, les Orphelins de Duplessis sont en butte au révisionnisme historique.
La Commission écrit que les responsables ne doivent pas «craindre de faire face à l’héritage que nous a laissé la violence institutionnelle à l’égard des enfants» (p. 4). Aujourd’hui, le vrai problème auquel font face les Orphelins de Duplessis est celui-ci : on tolère un scandale dont on connaît l’existence.
Pourtant, et c’est encore la Commission qui l’établit : «la première méthode de réparation consiste à établir ce qui s’est passé» (p. 33). Dans notre dossier, l’effort documentaire fut gigantesque, mais on est loin de la réparation parce que cet effort est constamment nié par ceux-là mêmes qui devraient nous écouter.
2. Reconnaissance des préjudices, excuses

Les Orphelins de Duplessis ont le même besoin primordial exprimé par d’autres victimes : que l’on reconnaisse que ce qu’on leur a fait était mal et a fait mal. À ce jour, c’est cela qui n’a pas encore été fait, ni par l’Église, ni par le corps médical, ni par le gouvernement. L’Église refuse, le corps médical parle timidement de regrets 15 et le gouvernement du Québec annonce depuis des mois une déclaration gouvernementale qu’il n’a pas encore rendue publique.
Certes, appliquée au dossier des Orphelins de Duplessis, la crainte de la responsabilité civile est une raison invoquée, tantôt explicite, tantôt implicite, pour justifier le refus du gouvernement, du Collège des médecins ou de l’Église catholique de reconnaître que des sévices ont été infligés aux victimes dont ils avaient la responsabilité. Le gouvernement du Québec, par exemple, parle toujours en termes de compassion. Dans notre dossier, à ce jour, la dénégation de responsabilité est carrément déraisonnable.
La Comnmission connaît le problème: «La tâche concerne le fait qu’aujourd’hui encore, nous refusons de reconnaître pleinement le préjudice qui a été causé et de prendre des mesures convenables et globales afin de les réparer (p. 8).
Particulièrement de la part de l’Église catholique et des communautés religieuses, les Orphelins de Duplessis ont fait face à un refus systématique d’ajouter foi et de donner suite à leurs allégations. Au Québec, contrairement à certaines autres provinces canadiennes, même si ces dernières l’ont fait à contrecoeur et tardivement, les autorités religieuses québécoises n’ont jamais fait d’efforts afin d’admettre leur part de responsabilité, que ce soit sur la plan moral ou juridique.
En cette matière, j’emprunte les éléments de conclusion de la Commission : «En plus de la violence elle-même, on constate que les autorités ont perpétué un cycle tout aussi inquiétant en ne donnant aucune suite aux plaintes de violence, même lorsque l’identité et les actes des agresseurs étaient bien connus. La réaction officielle révélait typiquement une plus grande préoccupation à protéger l’institution que le bien-être des enfants qui y habitaient» (p. 2). Voilà ce que, dans la frustration et depuis toujours, les Orphelins de Duplessis vivent.  Et ça continue!
Le traditionel «expression de regrets» révèle un manque de compassion réelle, voire un manque de sincérité tout court. Pourtant, et nous sommes d’accord avec la Commission, «Pour être sincères, les excuses devraient être absolues, sans réserve et présentées volontairement» (p. 22). Qu’elle passe par l’expression des regrets ou par une déclaration gouvernementale, une déclaration publique doit reconnîcitre l’existence d’un ou plusieurs préjudices et, conséquemment, doit inclure des excuses, lesquelles admettraient, ainsi que l’écrit la Commission, que «le traitement qui leur a été infligé a constitué des sévices et selon laquelle les victimes ellesmêmes ne sont nullement responsables des actes commis» (p. 23).
La Commission note avec justesse que «La responsabilité des personnes autres que les agresseurs est une question plus complexe. [ … 1 Les personnes responsables des établissements où les sévices ont été commis ont l’obligation de rendre compte de ce qui s’est passé dans ces établissements» (p. 35).  Dans le cas des Orphelins de Duplessis, les responsables ne sont pas seulement les administrateurs des établissements qu’ils ont fréquentés

—–  Il y a des entités plus abstraites comme le Gouvernement, le corps médical ou l’Église qui ont leur part de responsabilité. C’est le cardinal Léger, par exemple, qui, dans le cas du MontProvidence, a négocié le changement de vocation pour en faire un asile et ainsi déclaré artificiellement des centaines d’enfants arriérés mentaux, cela en échange de trois millions de dollars.  Quant aux médecins, ils ont aveuglément signé de faux diagnostics. Comme on le voit, dans notre dossier, l’imputabilité est une question fort complexe.
Dans les faits, cependant, en considérant que l’imputabilité se résume uniquement à une question de responsabilité légale – je reprends une idée de la Commission – l’Église et l’État se trouvent peut-être à mépriser ou à atténuer l’importance de la responsabilité morale et politique (p. 36.).
Certes, cela ne fait pas de doute, la responsabilité comprend un volet moral et politique tout autant qu’un volet juridique. Lorsque la Commission écrit ce qui suit, cela apparaît plutôt abstrait pour les Orphelins de Duplessis :

  • Les parties qui abordent la question de la réparation sans tenir     compte de cette responsabilité plus large pourraient être davantage     susceptibles d’être attaquées dans l’arène juridique     et moins en mesure de se défendre (pp. 36-37) [… ] La     responsabilité ne se mesure pas seulement en dollars. Il y a     un prix à payer pour avoir omis ou refusé d’assumer la     responsabilité (p. 36). […]  Ce comportement laisse également     aux tribunaux la discrétion d’accorder des dommages-intérêts     alourdis lorsque la dénégation de responsabilité est     déraisonnable (p. 37).

Si les Orphelins de Duplessis devaient retourner à leurs démarches juridiques, en l’absence même de moyens financiers, ce qui précède serait plutôt théorique. Sans compter que, compte tenu des délais (nous en avons pour des années), nos membres ont le temps de mourir, et leurs revendications avec eux. La Commission écrit qu’en l’absence d’une attribution de responsabilité qui soit officielle et indépendante, c’est aux gouvernements et aux Églises mêmes qu’il incombe d’examiner leurs propres actes et attitudes. Jusqu’ici, dans le cas des Orphelins de Duplessis, la chose se révèle impossible. Cette responsabilité d’examiner leurs propres actes et attitudes, qui va les obliger (les gouvernements et l’Église) à l’assumer? La Commission exprime ici une bonne intention, mais lorsque les responsables, dans la recherche d’un règlement hors-cour, ne s’assoient pas à la même table que les victimes, qui peut les y obliger?
Nous posons aussi le problème de la prescription; nous craignons qu’on l’utilise comme un argument qui servirait à faire disparîcitre la notion de responsabilité morale de l’État. En effet, sans l’acceptation de cette responsabilité morale, ni l’État, ni l’Église, ni le corps médical n’auraient aucune raison de «réparer les pots cassés». Pourtant, dans notre dossier, il ne peut y avoir d’impunité; sinon, il faudra conclure que les règles de droit ont été modifiées ou alors, qu’on ne les applique tout simplement pas. En conséquence, les Orphelins de Duplessis seraient des exclus : ils ne seraient pas considérés comme des citoyens à part entière.

3. Urgence d’agir

La Commission dit se donner pour mission l’évaluation des «différentes méthodes de réparation actuelles et possibles du point de vue de ceux et celles qui ont été victimes de violences dans les établissements pendant leur enfance». Ces questions, ajoute-t-elle, se font encore plus pressantes lorsque les sévices perdurent pendant de longues périodes. Ce qui est précisément le cas concernant ceux et celles qu’on appelle les Orphelins de Duplessis.
Le Protecteur du citoyen lui-même, Me Daniel Jacoby, avait trouvé et trouve toujours «scandaleux» le traitement qui a été fait aux Orphelins de Duplessis. Comme on le verra, plusieurs pistes proposées par la Commission ont été utilisées par le COOID et n’ont pas donné de résultats satisfaisants.
Le Protecteur du citoyen du Québec a lui-même reconnu, devant la Comnmission des institutions, que «I’État n’a pas de problème de ressources quand il utilise les tribunaux». Ni les communautés religieuses d’ailleurs! Entre l’appareil de l’État et le citoyen, le déséquilibre est «absolument incroyable», dit-il. Il n’est pas étonnant qu’il parle de «la gestion par usure» à laquelle nous référions plus haut et à laquelle sont confrontés les Orphelins de Duplessis.
La Commission fait une juste analyse relativement au cynisme des responsables qui maintiennent leur silence : «Le retard à satisfaire leur volonté de réparation, aussi justifié que puisse être ce retard, ne fait qu’ajouter foi à l’opinion de ceux et celles qui pensent cyniquement que les responsables des établissements où les sévices ont été perpétrés attendent tout simplement qu’ils meurent et que leurs revendications s’éteignent avec eux.» (p. 25).
Pendant ce temps, le gouvernement du Québec préfère balayer du revers de la main une institution indépendante qu’est le Protecteur du citoyen qui, dans notre dossier, a proposé une compensation sans égard à la faute. Également, le gouvernement n’a pas donné suite aux conclusions d’un rapport de la Commission des institutions (composée de tous les représentants des partis politiques) que nous résumons ainsi : «il revient à l’État de tenter de faire quelque chose pour réparer les torts subis» par les Orphelins de Duplessis dont ceux, parmi eux, qu’on appelle les orphelins agricoles.
Jamais n’avons-nous reçu de la part du gouvernement un document exposant de façon complète sa position officielle face aux demandes des orphelins. Pourtant, le 19 mars 1998, à l’Assemblée nationale, même s’il y a près d’un an de cela, le Premier ministre a déclaré qu’«il ne serait pas opportun d’imposer un règlement». Les représentants du COOID partagent son point de vue, même si dans les faits, les rencontres bilatérales sont absentes et le délai déraisonnable.
De par sa responsabilité morale, le gouvernement constitue leur ultime espoir d’une solution négociée. Une entente avec lui permettrait de mettre fin à une série de poursuites judiciaires (actuellement en suspens) tant au plan civil qu’au plan criminel. Sinon, les Orphelins de Duplessis devront retourner devant les tribunaux avec, certes, une approche nouvelle et des moyens appropriés, mais aussi avec un incommensurable sentiment d’exclusion et d’injustice. Par son incapacité à régler le problème, devront-ils conclure que ce gouvernement appartient à la société distincte de l’injustice?
Plus largement, par leur comportement, les autorités politiques, religieuses et médicales ont fait en sorte que les oubliés d’hier, devenus des démunis d’aujourd’hui, taisent leurs souffrances. Les Orphelins de Duplessis ont besoin d’être écoutés même s’il y a rage en leur coeur. L’Église canadienne est d’ailleurs consciente des effets néfastes de son silence :

  • Trop souvent, malheureusement, la crainte du scandale continue d’influencer     nos réactions instinctives et nousfait protéger l’agresseur     et une certaine image de l’Église ou de l’institution que nous     représentons, plutôt que les enfants, impuissants à se     défendre dans un duel aussi inégal « 

Pourtant, les évêques du Québec sont membres de la Conférence des évêques du Canada et en partagent donc les vues. Pourquoi, alors, ces mêmes évêques ne reconnaissent-ils pas au Québec ce qu’ils reconnaissent dans les autres provinces?

  • Les victimes dénonçaient les systèmes administratifs     de l’Église en leur reprochant une attitude de camouflage et de     dissimulation plus prête à limiter les dégâts     infligés à i image de l’Église par de tels scandales,     qu’à prendre en considération la violence grave contre     l’identité personnelle des     victimes17

Dans un communiqué daté du 31 mars dernier, message émanant de l’Assemblée des évêques du Québec, son président, monseigneur Morissette ainsi que l’archevêque de Montréal, le cardinal Turcotte, déclarent ce qui suit :

  • Cette question [des Orphelins de Duplessis] a occupé beaucoup de     place dans les médias et on s’est étonné de la participation     limitée des instances d’Église. Comme ce problème     regarde l’ensemble du Québec, [les deux prélats] consultent     présentement toutes les institutions d’Église impliquées     afin de proposer des pistes de solutions adéquates pour les personnes     qui ont souffert et pour qui l’Église éprouve beaucoup de     compassion.

Ouverture réelle ou damage control ? Nous avons demandé, ces dernières semaines, à cinq reprises et par écrit chaque fois, à rencontrer le cardinal Turcotte.  Silence!  Nous nous sommes présentés aux séances de réflexioon du Synode montréalais qu’il dirigeait, là aussi, l’indifférence totale. Qu’en sera-t-il cette fois?

4. Accès normal à la justice

Depuis les débuts de leur lutte, les Orphelins de Duplessis partent d’une prémisse reconnue : personne ne conteste que les citoyens de ce pays sont dans un régime de droit. Ils sont aussi des citoyens à part entière. Or, dans les faits, ils n’ont pas accès à ce régime de droit. Voilà ce qu’ils veulent démontrer aux membres de la Commission. Les Orphelins de Duplessis sont dans l’impossibilité d’aller vérifier leurs droits devant les instances judiciaires. Ne cachons pas les faits: dans leur dossier, il y a déni de justice. D’une part, les Orphelins de Duplessis ont intenté, par le moyen du recours collectif, des actions civiles en dommages-intérêts. Sur ce plan, ils ont échoué. Du point de vue criminel (violences physiques et sexuelles), ils ont emprunté la voie des enquêtes criminelles. Dans bien des cas, par exemple, même si l’agreseur est toujours vivant, les enquêtes n’ont pas donné lieu au dépôt d’accusations criminelles.
La Commission du droit du Canada propose, par ailleurs, que lorsqu’ils réalisent des entrevues avec des victimes, les policiers devraient se faire accompagner de personnes qui savent comment agir lorsque les réponses à leurs questions sont source de traumatisme. De toute évidence, les enquêtes policières n’ont apporté aucun avantage substantiel aux Orphelins de Duplessis, pire, elles leur ont été préjudiciables.
Nous connaissons, en effet, les efforts que les plaignants ont faits et les difficultés qu’ils ont rencontrées afin d’obtenir leurs dossiers médicaux qui leur ont été majoritairement ou bien refusés ou bien «résumés» par ceux-là mêmes qui les détiennent et qui font l’objet de leurs allégations : les communautés religieuses et le Gouvernement du Québec dont le Ministre de la justice est le représentant. Ce dernier n’est pas sans savoir que, quand ils ne sont pas partiellement ou totalement détruits, les éléments de preuves recherchés par les plaignants sont détenus par ceux-là mêmes qui sont accusés.
Peut-être commence-t-on à comprendre que les conditions de l’interrogatoire n’ont pas permis l’objectivité nécessaire de l’enquêteur, encore moins la sécurité psychologique essentielle au bon et juste déroulement de l’enquête.  On a d’ailleurs refusé aux plaignants d’être accompagnés par une personne autre que le procureur ou un policier. Sans compter que nombre de plaignants analphabètes ont dû signer le texte écrit de leur enquête sans être capables de s’assurer si le contenu correspondait à ce qu’ils avaient dit.  C’est peut-être cela que les procureurs appellent «incapacité de témoigner».  Cette cause, qui a affecté leur apprentissage de la langue, on n’en a pas tenu compte pendant que se déroulait l’audition.
D’autre part, la Commission du droit du Canada rappelle que, dans notre système juridique, une des façons d’engager la responsabilité des auteurs de sévices physiques et sexuels consiste à faire en sorte qu’ils soient poursuivis et déclarés coupables dans le cadre d’un procès criminel. Voyons voir, dans notre dossier, comment ces choses ont été empêchées.
Au plan criminel, c’est en regard des exigences posées par les règles de droit applicables en matière criminelle que l’évaluation de la preuve doit être faite. À cette étape, dans notre dossier, la capacité des procureurs substituts en vue de déterminer si la preuve est suffisante pour autoriser des poursuites criminelles a manifestement fait défaut. Voilà pourquoi nous avons demandé au Ministre de la justice et Procureur général de reconsidérer sa décision de ne pas poursuivre au criminel dans les 321 plaintes qu’il a rejetées en cette matière.
Lorsque, par exemple, un enfant a été sodomisé avec violence par un moniteur, que cet enfant fut envoyé à l’hôpital pour faire soigner son rectum, qu’un médecin a suggéré une opération pour fins de «cautérisation des fissures anales», il doit bien y avoir un dossier médical quelque part pour constituer une preuve indépendante. La réponse est non, nous répond-on.  On préfère laisser croire que ce même enfant blessé qui loge aujourd’hui dans un corps d’adulte est soit dans l’incapacité de témoigner, soit qu’il se contredit, soit que la version des faits est trop générale et ne permet pas de préciser une accusation ou soit qu’il n’y a pas de preuve indépendante comme, par exemple, un dossier médical.
Dans une première lettre que nous avons envoyée au Ministre de la justice, le 26 avril 1995, nous avons tenté d’établir, après consultation avec deux médecins, une relation de cause à effet entre les accusations d’agressions sexuelles du plaignant et son état de santé tel que son dossier médical l’indiquait en date des événements présumés et dont le médecin signataire, nous vous le rappelons, a suggéré une opération pour fins de «cautérisation des fissures anales». Les deux médecins que le Ministère a consultés en arrivent à des conclusions différentes : le dossier médical ne peut constituer une preuve indépendante. Qui a raison et pourquoi? Pourtant, bien qu’elle ait été écartée, la démonstration n’a pas été invalidée par les spécialistes du Ministère. Dans ce dossier, voilà ce que les membres de la Commission doivent comprendre, nous en sommes réduits à une opinion contre une autre opinion, à une expertise contre une autre expertise. Pourquoi, à cette étape-ci, l’expertise du Ministère l’emporterait-elle sur une autre? Sans compter que la convergence des témoignages n’est pas, croyons-nous, le résultat d’une fiction spontanée. Compte tenu que le Gouvernement est intimé au civil dans le dossier des Enfants de Duplessis, devrait-il y avoir une instance neutre?
Parmi les 321 plaintes dont nous parlions plus haut, on y trouve celles de quatre orphelins qui ont également déposé des plaintes au privé. Or, deux jugements sont intervenus relativement à deux d’entre eux, Antoine Ceran et GuyMarc Royal (décédé récemment). Selon le juge B. Falardeau, comme alléguées victimes, il existe une preuve. Il y aura donc, dans leur cas, citation à procès. Si, de part et d’autre, l’interprétation des règles de droit est juste, comment expliquer que la preuve soit, dans un cas insuffisante (Sûreté du Québec), et dans l’autre cas (plainte privée), la preuve soit suffisante?  L’argument est souvent récurrent : la crédibilité des plaignants.
La seule fois où un de nos membres est allé au bout du processus judiciaire, c’est-à-dire lorsqu’il y a eu procès, cette fois-là, il a gagné; cette fois-là, nous avons gagné. Cette victoire, hélas, ne nous a pas donné plus de crédibilité.  Notre dossier stagne toujours.
Le 25 mars 1996, donc, concernant le traitement du volet criminel du dossier des orphelins et orphelines de Duplessis (il y a eu de nouveaux développements), nous avons demandé au Procureur général et Ministre de la justice, Me Paul Bégin, de réouvrir le dossier des 321 plaintes qu’il a toutes rejetées il y a plus d’un an (en février 1995), plaintes relatives à des mauvais traitements ou à des agressions sexuelles.
Il faut savoir que l’examen de notre demande de réouverture a été confié à la Direction générale des affaires criminelles et pénales. Or, c’est cette même Direction qui juge de la recevabilité ou non de la requête qui dénonce, je le rappelle, le comportement de certains enquêteurs et conteste les raisons qui justifient leur rejet. Du point de vue des Orphelins de Duplessis, contrairement à celui du gouvernement, le dossier n’est pas clos.
Le Ministre de la justice est bien placé pour le savoir, c’est en regard des exigences posées par les règles de droit applicables en matière criminelle que l’évaluation de la preuve doit être faite. Qui, du Procureur général, du juge Guberman, du juge Falardeau ou du juge Vaillancourt, interprète mal les règles de droit en matière criminelle? Trois jugements de cours ont indiqué que les allégations étaient fondées en faits et en droit. Si, de part et d’autre, l’interprétation des règles de droit est juste, comment le Ministre de la justice peut-il en arriver à une décision contraire?

À titre de Ministre de la justice et représentant d’un Gouvernement interpolé au civil dans l’affaire des Orphelins de Duplessis, d’une part, et d’autre part, à titre de Procureur général qui doit permettre à ces mêmes Orphelins de Duplessis un accès à une justice équitable, le Ministre de la justice peut-il prétendre exercer ses responsabilités en toute transparence? Si oui, comment? En d’autres mots, serait-il juste de penser que, dans l’exercice de ses fonctions, il y a conflit d’intérêts ou, à tout le moins, apparence de conflit? Pourquoi les procureurs substituts refusent-ils de répondre à cette question?
L’accès à la justice est un droit inaliénable. Ce qui précède tend à identifier une faille majeure du système en place. Cela concerne-t-il la justice administrative? Nous pensons que oui. Le Gouvernement non plus n’échappe pas à la «défense et illustration» de sa justice.
Lorsque Jean-Pierre Arcoragi, dans son texte de discussion du 20 avril dernier, écrit que «le système légal ne répondra pas aux attentes des Enfants de Duplessis», il met le doigt sur un problème majeur et qui empêche les Orphelins de Duplessis d’être considérés comme des citoyens à part entière. Quand s’ajoute l’indifférence combinée du gouvernement du Québec, de l’Église catholique et du Collège des médecins, il est difficile de croire en la justice. Le gouvernement du Québec, avec la complicité de l’Église et du corps médical, a brisé le contrat social qui, comme le préconise avec justesse Arcoragi, est la source même de sa légitimité. Il ne reste, peut-être, que l’instance internationale pour arbitrer avec transparence le conflit qui oppose les vicitmes aux gens du pouvoir en place.
Une dernière remarque. Peut-être est-ce dû à ma propre impatience, mais le mot compassion, dans le texte de discussion, revient souvent comme une attitude nécessaire à toute réparation. Il y a beaucoup de rhétorique dans tout cela. Exprimer de la compassion envers les victimes, si rien de concret ne se fait, est une injustice qui s’ajoute à une autre injustice, et cela est une forme d’abus. De ce point de vue, l’expérience du Québec est douloureuse.

5. Indemnisation financière

Par la création du comité interministériel, nous craignons que le gouvernement ne minimise l’importance de l’indemnisation financière. Nous pensons même que, de sa part, c’est une stratégie de détournement. Voici un exemple. Dans une lettre que madame Louise Harel, alors ministre d’État de l’Emploi et de la Solidarité, adressait à une de nos membres, on peut lire ce qui suit:

  • De plus, vous demandiez où en était l’avancement du dossier     des orphelins et orphelines de Duplessis relativement à l’assouplissement     de l’admissibilité au programme Soutien financier. À cet effet,     je vous rappelle que le Ministère prévoit procéder à     l’assouplissement des critères d’admissibilité au programme     Soutien financier pour les orphelins et orphelines de Duplessis.
  • La situation particulière de ces personnes constituera un     facteur socioprofessionnel permettant de les admettre au programme Soutien     financier, à condition de démontrer la présence de     limitations fonctionnelles permanentes par la présentation d’un rapport     médical.

Madame la Ministre n’est pas sans savoir qu’un comité interministériel a été mis sur pied à la demande du Premier ministre Bouchard. Aussi, dans ce cadre, la perspective d’assouplissement des critères d’admissibilité au programme Soutien financier pour les orphelins et orphelines de Duplessis n’a jamais fait l’objet de discussion avec les membres du COOID. Je conclus donc que cette initiative ne s’inscrit pas dans le cadre actuel de nos démarches avec le gouvernement du Québec. Pourtant, les Orphelins de Duplessis sont au centre de la proposition de la Ministre. Pourquoi alors en avoir informé une orpheline et n’avoir jamais discuté de cette possibilité avec les représentants du COOID?
D’autre part, dans nos discussions avec leurs représentants, le Collège des médecins ne nous a jamais parlé d’un rapport médical relativement à des limitations fonctionnelles permanentes de nos membres pouvant déterminer les conditions d’admission au programme de Soutien financier. En d’autres mots, de quelle entente ministérielle (ou conjointe) découle cette perspective d’assouplissement des critères d’admissibilité? Constitue-t-elle une modalité particulière d’une éventuelle compensation financière pour nos membres? Si oui, au minimum, il aurait fallu nous en parler. Nous aurions alors eu l’occasion de dire au gouvernement le doute que nous entretenons relativement à la transparence dans le traitement de ce point particulier de notre dossier touchant à la demande d’indemnisation financière.
En effet, ce qui a été formellement convenu lors de la rencontre du Comité interministériel du 25 novembre 1998, à savoir que les discussions et l’acceptation de services offerts au COOID et à ses membres (suite à leurs demandes) sont faites sans préjudice au droit et recours des orphelins et orphelines quant à leur demande d’indemnisation pour préjudices encourus. Nous avons là un parfait exemple de ce qui se décide en notre absence et dont voici la suite logique. Dans le formulaire de demande de prestations de sécurité du revenu, on demande au requérant de fournir un certain nombre de documents. De 3 à 16, on identifie les pièces exigées. Au point 16, on retrouve cette exigence :

  • Déclaration de statut d’orphelin de Duplessis émise par     le Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de     Duplessis (COOID).

Encore une fois, nous n’avons jamais été mis au courant d’une telle exigence liée à une demande de prestations de sécurité du revenu. Le comité interrrùnistériel lui-même ne semblait pas au courant au moment où j’ai appelé la coordonnatrice.
Pourtant, ce que nous demandons depuis le début, la Commission du droit du Canada en confirme la nécessité: une collaboration et une transparence de tous les instants : «Il est donc manifeste qu’une méthode de réparation qui ne fait que peu de place aux victimes ou qui est conçue sans qu’elles soient consultées s’inscrit dans le même cycle de sévices. Elle fait comprendre aux victimes qu’elles ne sont pas importantes, même au sein d’un processus qui est censé s’intéresser à elles ou leur être destiné (p. 38). Voilà où en sont rendus les Orphelins de Duplessis.
Pourquoi – cela sans consulter les victimes – mettre en place un tel programme de «soutien financier» alors que le principe même d’une indemnisation financière n’a jamais été acquis par le gouvernement en faveur de l’ensemble des Orphelins de Duplessis? Nous y voyons là une diversion de plus. En augmentant la prestation mensuelle de certains de nos membres, admissibles aux prestations de sécurité du revenu, le gouvernement se trouve à éliminer tous les autres Orphelins de Duplessis qui ont des revenus autonomes. Comme si ces individus n’avaient jamais subi les préjudices qu’ils dénoncent. Ce qui est plus grave, c’est qu’on ne reconnaît pas à ces derniers le droit à une compensation financière juste et équitable. Deux poids, deux mesures!
Tout compte fait, le gouvernement veut échapper au châtiment dont parle si bien la Commission : «L’indemnisation financière est également une forme de châtiment pour ceux et celles qui sont directement ou indirectement responsables du préjudice. Le droit des victimes à l’indemnisation – c’est ce droit que nous refuse le gouvernement – est évident, aucune défense ou justification supplémentaire n’est nécessaire» (p. 25).
Pour les Orphelins de Duplessis, du point de vue du gouvernement, leur participation à un comité interministériel est une manière incontournable d’en faire de «bons perdants». Pendant ce temps, personne ne parle de l’indemnisation financière. En fait, le message que ce comité envoie est que les choses n’ont pas vraiment changé. Tout se décide encore de façon unilatérale. Il y a de l’imposture dans l’air.
Un programme de réparation devra d’abord établir le principe d’une indemnisation financière juste et équitable. Ainsi que l’écrit encore la Commission : «Un programme d’indemnisation qui, avec cynisme, essaierait de faire participer les victimes mais qui, en fait, n’accorderait aucun poids à leur opinion serait pire qu’un programme de réparation unilatérale. Cela serait susceptible d’anéantir la crédibilité de ceux et celles qui proposent l’indemnisation et de confirmer l’impression qu’ont certaines victimes qu’il ne faut pas faire confiance à l’État et à l’Église. Cela aggraverait également leur sentiment d’impuissance et d’exploitation et pourrait les pousser à intenter des poursuites, à supposer qu’ils n’aient pas renoncé à ce droit» (p. 46).
Pour profiter d’une indemnisation financière, écrit encore la Commission, «la victime n’est pas tenue de faire les frais d’un procès pour en profiter» (p. 26).  De plus – c’est ce qui s’annonce dans notre dossier – «Si les gouvernements ou les institutions déterminaient le montant de l’indemnité financière sans la participatioon et l’approbation des victimes, on trouverait une fois encore à les priver de tout pouvoir et à rendre un jugment unilatéral sur la valeur de leurs souffrances» (p. 26).
6. Accès à la thérapie et à des services de counselling

Au départ, le COOID s’était concentré sur le recours collectif. Aujourd’hui, les démarches judiciaires sont temporairement suspendues, mais sans abandonner la volonté qu’une justice humaine et morale soit mise en application. Le COOID est un organisme qui se veut humanitaire, c’est-à-dire, qui offre différents services d’aide à ses membres dans le besoin. Malheureusement, nos ressources diverses sont fort limitées.
Certes, ainsi que le propose la Commission, nous voulons que la reconnaissance des torts ne se limite pas aux sévices physiques et sexuels, mais s’étende obligatoirement aux violences psychologiques, affectives, spirituelles et culturelles.
D’ailleurs, une étude conjointe de l’Université McGill et de l’Hôpital Général Juif de Montréal réalisée en 1997, a comparé l’état de santé psychologique des membres du COOID avec celui d’un groupe de citoyens à faibles revenus (10 000$ et moins). On a trouvé des différences significatives entre les deux groupes. L’étude a démontré que tous les indices de santé des membres du COOID (par exemple l’indice de stress, celui des maladies chroniques, du suicide ou des problèmes généraux et personnels) étaient dans un pire état que ceux du groupe de comparaison. Ainsi, 54% de ces victimes avaient sérieusement pensé au suicide dans le passé contre 16,9% du groupe de comparaison composé de personnes démunies. Il apparaît clair que des services de thérapie ou de counselling doivent être proposés à nos membres.
7. Accès à l’éducation et à l’information

Souvenons-nous que les 321 plaintes au criminel ont toutes été rejetées.  Une des raisons évoque : «l’incapacité de témoigner» des Orphelins de Duplessis. Or, on le sait aujourd’hui, il y a une cause réelle à cette dite «incapacité» qui résulte de l’état de sous-développement intellectuel et social dans lequel, il y a plus de quarante ans, les plaignants dont on parle ont été maintenus. Il ne faut pas oublier que les orphelins ont été, dans les années 40 et 50, internés illégalement dans des asiles, développant ainsi ce qu’on appelle une «déficience acquise» doublée, chez plusieurs, d’une absence de langage. Faut-il, aujourd’hui, se surprendre de leur «incapacité de témoigner»? En effet, ce qui constitue la cause première de cette «incapacité» devient aujourd’hui un empêchement à l’obtention d’une justice équitable.
Ces Orphelins de Duplessis ont aujourd’hui, en moyenne, entre 55 et 60 ans. On a compris que l’accès à l’éducation est, pour eux et pour elles, beaucoup moins pressant. Leur réalité impose que cet accès est moins prioritaire que l’obtention d’une indemnisation financière juste et équitable. En d’autres mots, offrir des cours d’alphabétisation peut être utile; encore faut-il que ces cours correspondent à un besoin réel. S’ils avaient aujourd’hui vingt ans, la dynamique serait bien différente. Il importe que les services offerts ne servent pas de voie d’évitement à l’obtention d’une indemnisation qui leur est, de toute façon, due.
8. Châtiment des agresseurs

La Commission affirme que l’âge des agresseurs n’excuse pas leur acte. En tant que victimes, certains Orphelins de Duplessis croient que le châtiment explicite des agresseurs (conséquence à l’acte) est une partie nécessaire du processus qui leur permettra de surmonter les conséquences des violences qu’ils ont subies. Ainsi que l’écrit la Commission, «Les besoins de ceux et celles qui ont été victimes de sévices doit être la principale considération lorsqu’il s’agit de décider s’il y a lieu de mettre en oeuvre un processus qui entraîne le châtiment des agresseurs» (p. 28).
Prenons la mesure de ce qui précède dans le cas d’un orphelin de Duplessis. Il faut se souvenir que le Procureur général du Québec a refusé les 321 plaintes dont celle d’Antoine Ceran dont les mêmes plaintes ont été admises au privé. Il faut aussi se rappeler que la plainte d’Antoine Ceran a connu son aboutissement le 29 février 1996 en raison d’un plaidoyer de culpabilité de la part de l’accusé. En effet, Georges Burton a reconnu avoir attenté à la pudeur du plaignant, ayant ainsi commis l’acte criminel prévu à l’article 148 du Code criminel. Résultat? Sentence suspendue.
L’âge de monsieur Burton, l’agresseur, a-t-il excusé ses gestes passés? À l’inverse, a-t-on tenu compte de l’âge des enfants au moment de leur agression? Jamais, en matière de réparation, les besoins de la victime n’ont été satisfaits. Quand une injustice s’ajoute à une autre injustice!

9. Engagement envers la prévention

Moins une découverte spontanée qu’une patiente révélation au grand jour, cette lecture inédite de la tragédie collective des Orphelins de Duplessis refait, à sa manière, une partie de l’histoire institutionnelle du Québec. L’effet inévitable de leur lutte est de ne pas faire oublier à la population que le passé n’a pas cessé brusquement, ni pour les responsables, ni pour les victimes.  Une leçon d’histoire nous est donnée par ce drame collectif, encore faut-il vouloir l’entendre.
Ici, le COOID ne peut qu’applaudir à l’effet de prévention qui peut découler de la lutte des Orphelins de Duplessis.
Conclusion
La Commission conclut : «Nous devons prendre l’initiative. Nous devons montrer que, comme société, nous ne craignons pas de faire face à l’héritage qu’ont laissé les violences à l’égard des enfants placés en établissements et également, que nous ne tolérons plus leur perpétuation par complaisance ou par négation» (p. 54). Comme le dit encore la Commission, «il est nécesaire d’adopter de nouvelles approches plus globales».
Dans notre dossier, quelles seront-elles?  Comment cette volonté va-t-elle se traduire? Les Orphelins de Duplessis ont épuisé toutes les démarches, y compris celles qui se trouvent dans le document de discussion de la Commission du droit du Canada. Car en l’absence d’une réelle volonté politique de régler le dossier, toutes les mesures, si excellentes soient-elles, deviennent cyniquement dérisoires. Telle fut l’expérience douloureuse qu’ont vécue les Orphelins de Duplessis.
Malgré tout, une chose est sûre, même si le problème général des Orphelins de Duplessis en est un d’accès normal à la justice, leur volonté de poursuivre leur lutte est indéfectible. Oui, ils lutteront, avec rage s’il le faut, contre l’oubli qui avilit le sens même du mot justice. C’est leur «devoir de mémoire» comme dirait Primo Levi. Que le gouvernement sache que ce devoir, ils l’accompliront jusqu’au bout de leurs forces.
En attendant, nous souhaitons que les membres de la Commission du droit du Canada soient sensibilisés à notre désir d’accéder à une justice équitable. La question que nous leur posons : sont-ils capables de participer à trouver une solution digne et respectueuse d’une vraie justice, en faveur certes de leurs concitoyens, et plus particulièrement à l’endroit des plus démunis?

16 Rapport ad hoc de la Conférence des évêques catholiques du Canada, De la souffrance à l’espérance, juin 1992, p. 23 17 CECC, Op. cit., p. 23 et p. 28.

1. L’auteur du présent mémoire a lui-même été, dans son enfance, déclaré arriéré mental.  Il est le porte parole du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID). 2 Micheline Dumont, «Des religieuses, des murs et des enfants,>, L’Action nationale, avril 1994.  3 Steven Ortiz, Crossing the Line, cité par la Commission du droit du Canada, document de discussion, p. 12 4 Paul Letondal, «Pour améliorer les crèches», Relations, septembre 1941, pp. 232-233. 5 Albert Plante, s.j., «Placements institutionnel et familial», Relations, janvier 1947 à septembre 1947 (série de six articles). 6 Gérard Pelletier, «Histoire des enfants tristes», dans Le Devoir, du 12 juin au 10 juillet 1950, série de 23 articles. 7 Jacques Hébert, Scandale à Bordeaux, Montréal, Éditions de l’Homme, 1959,157 pages.  8 Arthur Prévost, «Un drame sinistre nous rappelle notre barbarie envers la fille-mère», Le Petit Joumal, Montréal, le 26mai 1957. 9 Jean-Charles Pagé, Les fous crient au secours, Montréal, Les Éditions du Jour, 1961, 156 p. 10 Alice Poznanska, «La protection de l’enfance, un sujet interdit», Cité libre, no 67, mars 1964, pp.18-20 11 Jean-Claude Paquet, «La charité … mystification capitaliste», Cité libre, no 65, mars 1 964, pp. 8-1 0 12 Pierre Laberge, «Le point de vue d’un psychiatre», Cité libre, no 40, octobre 1961, pp. 20-21. 13 Jean-Guy Labrosse, Ma chienne de vie, Montréal, Éditions du Jour, 1964, 141 pages. 14 Dominique Bédard, Denis Lazure et Charles-A.  Roberts, Rapport de la Commission d’étude des hôpitaux psychiatriques, Québec, 1962. 15 Lors des deux rencontres que nous avons eues avec le docteur Roch Bernier, alors président du Collège des médecins, ce dernier parlait d’excuses. Le docteur Yves Lamontagne, son successeur, préfère, quant à lui, utiliser l’expression de «regrets», et cela, «indépendamment de l’exactitude du diagnostic médical rendu» (lettre du 2 février 1999).  Dans ce contexte, quel sens auront ces regrets s’il ne prend pas en compte cet élément central de notre dossier : la réalité des faux diagnostics.